Pérou : les débuts poussifs de la présidente Keiko Fujimori
Pérou : débuts difficiles pour Keiko Fujimori

Keiko Fujimori, la nouvelle présidente de droite radicale du Pérou, connaît des débuts poussifs. Depuis son investiture, son gouvernement peine à imposer son agenda face à une opposition fragmentée et à des crises économiques et sociales persistantes. Selon Le Monde, la popularité de la présidente a chuté de 10 points en seulement trois mois, passant de 45 % à 35 % d'opinions favorables.

Une opposition fragmentée mais active

L'opposition, bien que divisée, multiplie les obstacles. Les partis de gauche et du centre ont formé des alliances ponctuelles pour bloquer plusieurs réformes clés, notamment la réforme des retraites et la révision de la loi sur le travail. Cette fragmentation rend difficile la construction de majorités stables au Congrès, où aucun bloc ne détient la majorité absolue.

Les manifestations sociales, notamment dans les régions minières du sud, ont également repris. Les syndicats et les communautés locales protestent contre les projets d'exploitation minière et les coupes budgétaires dans les services publics. Selon les chiffres officiels, plus de 120 000 personnes ont participé à des manifestations le mois dernier, un record depuis l'élection.

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Une économie sous tension

Sur le plan économique, la croissance reste atone. Le PIB a progressé de seulement 1,2 % au premier semestre, bien en dessous des prévisions de 2,5 %. L'inflation, bien que maîtrisée, demeure élevée pour les ménages les plus modestes, avec un taux annuel de 4,1 %. Le gouvernement a dû revoir à la baisse ses objectifs de croissance et a annoncé un plan d'austérité ciblé, ce qui a suscité la colère des syndicats et de certains alliés politiques.

Le secteur minier, pilier de l'économie péruvienne, est en crise. Les prix du cuivre ont chuté de 15 % depuis le début de l'année, et plusieurs projets d'expansion ont été suspendus. Selon le ministre de l'Économie, cette situation a réduit les recettes fiscales de 8 %, compromettant les investissements publics promis en campagne.

Des promesses de campagne à l'épreuve du pouvoir

Keiko Fujimori avait promis de lutter contre la corruption et de stimuler l'emploi. Mais son gouvernement a été ébranlé par plusieurs scandales. Deux ministres ont été contraints à la démission, l'un pour des liens présumés avec des entreprises de son mari, l'autre pour des accusations de trafic d'influence. Ces affaires ont entaché l'image de probité du nouveau pouvoir et alimenté la défiance de l'opinion publique.

Face à ces difficultés, la présidente a tenté de recentrer son discours sur la sécurité et la modernisation de l'État. Elle a annoncé un plan de lutte contre la délinquance urbaine, avec l'envoi de 5 000 policiers supplémentaires dans les grandes villes. Elle a également promis de simplifier les démarches administratives pour les petites entreprises, une mesure attendue par le secteur privé.

Une crédibilité à restaurer

Les analystes soulignent que ces débuts difficiles ne signifient pas nécessairement un échec à long terme. Selon eux, la fragmentation de l'opposition pourrait offrir des opportunités de négociation, mais la présidente devra faire preuve de plus de transparence et de dialogue pour restaurer sa crédibilité. Les prochaines élections régionales, prévues dans 18 mois, seront un test décisif pour mesurer le soutien populaire.

En attendant, la présidente tente de rassurer les investisseurs étrangers. Elle a réaffirmé son engagement à maintenir la stabilité macroéconomique du pays et à honorer les contrats en cours. Selon Le Monde, une mission du Fonds monétaire international est attendue à Lima le mois prochain pour évaluer la situation économique et discuter d'un éventuel appui technique.

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