Le 20 août 2026, le tribunal fédéral de San Francisco a ouvert le procès de Meta, la maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp. L'action en justice, portée par une coalition de 41 États américains, accuse le groupe de Mark Zuckerberg d'avoir délibérément conçu ses plateformes pour capter et monétiser l'attention des utilisateurs, au détriment de leur santé mentale et de la démocratie. Selon l'acte d'accusation, Meta aurait violé les lois sur la protection des consommateurs et la concurrence, en sachant que ses algorithmes favorisaient la désinformation, la polarisation et l'addiction chez les jeunes.
Des accusations fondées sur des documents internes
Les plaignants s'appuient sur des milliers de documents internes, révélés par la lanceuse d'alerte Frances Haugen en 2021. Ces documents montrent que Meta disposait d'études prouvant que Instagram nuisait à l'image corporelle des adolescentes, mais que la direction avait choisi de ne pas rendre ces résultats publics. "Meta a privilégié ses profits face à la sécurité des enfants", a déclaré le procureur général de Californie, Rob Bonta, lors de l'audience préliminaire. "Les preuves sont accablantes : l'entreprise a sciemment ignoré les risques pour maximiser le temps passé sur ses applications."
Le procès met en lumière le modèle économique des plateformes, fondé sur la publicité ciblée et la collecte massive de données personnelles. Les algorithmes de recommandation de Meta sont conçus pour maintenir les utilisateurs le plus longtemps possible en ligne, en leur montrant du contenu toujours plus extrême et polarisant. Selon une étude citée par les procureurs, les adolescents passent en moyenne 3 heures par jour sur Instagram, et 40 % d'entre eux déclarent se sentir "plus mal dans leur peau" après avoir utilisé l'application.
Un procès aux implications mondiales
Ce procès dépasse largement les frontières des États-Unis. En Europe, le Règlement général sur la protection des données (RGPD) et le Digital Services Act (DSA) imposent déjà des obligations strictes aux grandes plateformes. Mais les régulateurs européens observent avec attention les débats de San Francisco. "Ce procès pourrait servir de précédent pour nos propres actions contre Meta", a confié une source proche de la Commission européenne. "Si les États-Unis condamnent le modèle économique de l'attention, cela renforcera notre position pour exiger des changements structurels."
Meta, de son côté, conteste fermement les accusations. Dans un communiqué, l'entreprise affirme que "les plateformes offrent des outils de contrôle parental et des fonctionnalités de bien-être numérique" et que "les études internes montrent que la majorité des adolescents trouvent Instagram utile pour rester en contact avec leurs amis". L'avocat principal de Meta, Mark Hansen, a plaidé que "les plaignants confondent corrélation et causalité" et que "les problèmes de santé mentale chez les jeunes existaient bien avant l'arrivée des réseaux sociaux".
Un verdict attendu pour la fin de l'année
Le procès devrait durer plusieurs semaines, avec des témoignages d'experts en psychologie, en économie numérique et en conception de logiciels. Le juge William Alsup, connu pour ses décisions tranchées dans les affaires de technologies, a promis de rendre un verdict avant la fin de l'année 2026. En cas de condamnation, Meta pourrait être contrainte de modifier en profondeur ses algorithmes, de verser des dommages-intérêts records (estimés à plusieurs milliards de dollars) et de se soumettre à un contrôle judiciaire pendant plusieurs années. Les conséquences pourraient être immédiates : une baisse du temps d'écran, une réduction de la collecte de données et un rééquilibrage du marché de la publicité en ligne au profit de concurrents plus respectueux de la vie privée.



