Professeure émérite de littérature latine à la Sorbonne et ancienne présidente de l’Église protestante de Nîmes, Sylvie Franchet d’Espèrey est décédée à l’âge de 76 ans. Née à Athènes en 1949, elle avait pris sa retraite à Nîmes depuis une dizaine d’années et s’était rapidement investie dans la vie intellectuelle, religieuse et politique de la cité.
Une carrière universitaire marquée par la simplicité et la passion de la transmission
Alain Aventurier, secrétaire perpétuel de l’Académie de Nîmes, a salué sa mémoire : « C’était une personnalité dont la culture était immense, mais comme tous les grands savants, elle était d’une grande simplicité. Quelle injustice ! Elle avait encore tellement de choses à faire et à dire. »
Née Bompaire, Sylvie Franchet d’Espèrey avait été baignée dès l’enfance dans la culture gréco-latine. « Mes parents se sont rencontrés à l’université de Montpellier. Ma maman était nîmoise, d’où ma connaissance de la ville, où vivaient mes grands-parents. Mon père, Jacques Bompaire, était membre de l’école française d’Athènes, je suis l’aînée de six enfants et je suis née là-bas. Ensuite, mon père a enseigné à Rennes, Nantes, Nancy, Paris. Nous avons souvent déménagé », se souvenait-elle dans un portrait que lui consacrait Midi Libre en 2022.
Après avoir été tentée par l’étude de l’allemand, elle se tourne finalement vers le latin, qui selon elle était « une langue vivante, des gens le parlaient, la phrase est construite de façon architecturale mais elle doit suivre la pensée, couler comme un ruisseau ». Ses recherches l’ont menée vers la Thébaïde de Stace, une épopée du 1er siècle, et vers les traités d’éducation de Quintilien.
Un engagement religieux et politique au service de la communauté nîmoise
À Nîmes, Sylvie Franchet d’Espèrey a présidé l’Église protestante unie de Nîmes pendant quatre ans. Bernard Cavalier, qui l’avait précédée à ce poste, l’avait invitée à rejoindre le conseil presbytéral avant de lui céder la place. « Elle avait été difficile à convaincre mais elle avait le sens du service et du devoir. C’était une personnalité brillante sur le plan intellectuel et sans concession », se souvient-il. Durant son mandat, elle a poursuivi le projet de création de Carré Protestant, permettant la rénovation du Petit Temple devenu un lieu à la fois culturel et cultuel.
Alain Penchinat, lors de son discours de réception à l’Académie de Nîmes, avait souligné son engagement pour la transmission : « La transmission est votre passion. Passion professionnelle, mais aussi personnelle, je peux en attester pour vous avoir côtoyée ces dernières années en dehors, naturellement, du monde universitaire mais dans le monde de la vie associative et sociale. Transmettre vos valeurs, vos goûts, votre foi sans prosélytisme mais avec conviction est l’un de vos moteurs de vie. »
Ces derniers mois, elle s’était également engagée politiquement aux côtés de la candidate centriste aux municipales Valérie Rouverand. « Elle a été parmi les premières à nous rejoindre, travaillant sur la laïcité. Intellectuellement, elle nous a beaucoup apporté, elle nous a beaucoup inspirés. J’ai reçu beaucoup de témoignages de nos colistiers qui appréciaient sa hauteur de vue », explique Valérie Rouverand. Elle ajoute : « Au-delà de son érudition, c’est sa personnalité, sa bienveillance et la sincérité de son engagement que nous garderons en mémoire. Elle faisait partie de ces personnes rares qui, par leur présence et leurs convictions, donnent du sens à l’action collective et nous permettent d’avancer en confiance. »
Hommage et obsèques
Les obsèques de Sylvie Franchet d’Espèrey auront lieu dans l’intimité familiale ce vendredi 21 août. Un culte d’action de grâce aura lieu le samedi 26 septembre à 11 h au Petit Temple, à Nîmes.



