Deux réalisateurs français, Thomas Chagnaud et Valentin Laskar, sont placés en détention provisoire à la prison civile de Lomé depuis le 6 mars 2025. Ils sont accusés par la justice togolaise d'atteinte à la sécurité intérieure du pays, après avoir effectué un tournage sans autorisation préalable.
Un tournage sans autorisation au cœur de l'affaire
Les deux hommes, âgés d'une trentaine d'années, travaillaient sur un documentaire consacré à la lutte contre le terrorisme dans la région des Savanes, au nord du Togo, frontalière du Burkina Faso. Selon le ministère togolais de la Communication, ils n'avaient pas obtenu les accréditations nécessaires auprès des autorités compétentes avant de débuter leur travail.
Le procureur de la République de Lomé, M. Koffi Agbéko, a précisé que les faits reprochés relèvent de l'article 125 du code pénal togolais, qui réprime les actes de nature à porter atteinte à la sécurité de l'État. Les peines encourues peuvent aller jusqu'à vingt ans de réclusion criminelle.
Des précédents inquiétants pour la liberté de la presse
Cette affaire n'est pas un cas isolé au Togo. Reporters sans frontières (RSF) a recensé plusieurs incidents similaires ces dernières années, où des journalistes et des cinéastes ont été poursuivis pour exercice illégal de leur profession. En 2022, le journaliste togolais Ferdinand Ayité avait été condamné à six mois de prison pour avoir diffusé des informations jugées sensibles.
L'organisation de défense de la liberté de la presse a exprimé sa vive inquiétude dans un communiqué publié le 10 mars. Selon RSF, cette détention « constitue une atteinte grave à la liberté d'information et au droit de réaliser des documentaires, pourtant garantis par la constitution togolaise et les conventions internationales ratifiées par le Togo ».
Les réactions diplomatiques et familiales
Le Quai d'Orsay a indiqué que l'ambassade de France à Lomé suit la situation de près. « Nous sommes en contact régulier avec les autorités togolaises et avec les familles des deux ressortissants français », a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, sans donner plus de détails sur les démarches en cours.
Les proches des réalisateurs, joints par l'AFP, ont lancé un appel à la libération immédiate. « Ils n'ont commis aucun acte violent. Leur seul tort est d'avoir voulu documenter une réalité complexe, celle de la lutte contre les groupes djihadistes dans le nord du Togo », a déclaré un membre de leur famille sous couvert d'anonymat.
Un contexte sécuritaire tendu dans la région des Savanes
La région des Savanes, où les deux hommes tournaient leur documentaire, est confrontée depuis 2021 à une recrudescence des attaques djihadistes, attribuées à des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l'État islamique au Sahel. Les autorités togolaises ont renforcé les mesures de sécurité dans cette zone, notamment en restreignant l'accès aux médias étrangers sans autorisation préalable.
Le gouvernement togolais, par la voix de son ministre de la Sécurité, le général Yark Damehame, a justifié l'arrestation en rappelant que « tout travail audiovisuel sur le territoire national doit être soumis à une autorisation préalable, surtout dans les zones sensibles où les forces de sécurité sont déployées ».
L'audience de renouvellement de la détention provisoire est prévue dans les prochains jours, selon des sources judiciaires. Les deux réalisateurs encourent une peine pouvant aller jusqu'à vingt ans de prison si les charges sont retenues.



