Dans son ouvrage « Sous le scalpel de la justice » (éditions Mareuil), l'avocat Philippe Courtois revient sur ses combats pour les victimes de dommages corporels, notamment dans les affaires Médiator, prothèses PIP et Frédéric Péchier. Il y dénonce une « alarme qui ne sonne jamais » de la part de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).
Un système qui repose sur la justice plutôt que sur la prévention
Philippe Courtois constate que « ce ne sont pas les autorités médicales, aussi bien l'ANSM ou l'Ordre des médecins, qui vont mettre à jour un problème de santé publique ou une erreur médicale ». C'est la justice qui permet de révéler les scandales. Aux États-Unis, la FDA a refusé la commercialisation des prothèses PIP, alors qu'en France, c'est la pneumologue Irène Frachon qui a alerté sur le Médiator, un employé a envoyé une lettre détaillée pour les prothèses PIP, et plus récemment, le comédien Arnaud Denis est devenu la figure de proue des prothèses inguinales.
Le dossier des prothèses inguinales : 117 victimes défendues
Maître Courtois défend 117 victimes, dont Arnaud Denis, dans l'affaire des prothèses inguinales. En France, on suspecte plusieurs milliers de victimes. « Notre plainte va déboucher sur une instruction judiciaire », explique-t-il. Il regrette l'attentisme français alors qu'aux États-Unis, les fabricants ont provisionné des milliards de dollars.
Le principe de précaution devrait prévaloir, selon lui : « Quand vous avez des symptômes, inexistants auparavant, qui apparaissent chez de nombreux patients après les poses de la prothèse, le lien de causalité est là. » Il souligne que ces dispositifs, des filets greffés aux tissus humains, ne peuvent pas être retirés en France, contrairement aux États-Unis. Les médicaments sont testés pendant des années, mais les dispositifs médicaux ne font l'objet d'aucun contrôle, seulement d'un tiers certificateur.
L'importance de la communication entre médecins et patients
Philippe Courtois estime que « beaucoup de procédures » seraient évitées si les médecins reconnaissaient leurs erreurs. « Un pouvoir conscient est exercé par les victimes, qui ne se lancent pas dans des procédures pour rien », affirme-t-il. Les patients doivent comprendre ce qui s'est passé, même si on ne peut pas réparer une jambe perdue ou un décès. Le manque de communication génère de la colère, car les victimes se disent « j'ai mal réagi » ou « j'avais peut-être une maladie ».
Cette absence de communication est récurrente dans tous les dossiers de responsabilité médicale, comme si on devait cacher certaines choses. Dans l'affaire du sang contaminé, un test américain fonctionnait, mais on a attendu que le laboratoire français Pasteur fabrique son propre test, perdant plusieurs mois.



