Un pacte non écrit pour 2027
Officiellement, en 2027, Edouard Philippe et Gabriel Attal joueront la dernière ligne droite main dans la main. L’un des deux, en fonction des sondages, s’effacera en faveur de l’autre. Le vaincu mettra genou à terre et jurera fidélité à son nouveau seigneur. Un pacte non écrit mais suffisamment soufflé aux médias pour qu’on lui accorde une certaine véracité.
En attendant le moment de la grande réconciliation, « dans l’intérêt du pays », les deux hommes se tirent la bourre sans ménagement. L’union est un combat ? Il arrive souvent que ce combat se termine en bastonnades diverses et variées. Nous y sommes.
Mais les deux hommes l’ont promis autour d’eux, ils sauront se tenir. Ils s’affronteront à fleurets mouchetés, tels des gentlemen, avec une intention évidente : ne pas heurter leur électorat potentiel, qui se trouve être le même, celui de ce qu’on a appelé avant la dissolution la « majorité présidentielle ».
L’art de se faire désirer
En attendant l’heure de la grande « confluence », les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron jouent au jeu, non pas du chat et de la souris, mais à celui du lièvre et de la tortue. Le maire du Havre poursuit sa stratégie du candidat sous-marin, avançant en mode furtif, accompagné d’un simple bruit de fond pour pénétrer les consciences sans y toucher.
Un travail de propagande subliminal, plus préoccupé à organiser son armée de l’ombre, celle des maires de province qu’il voit régulièrement, ou encore ses équipes qui bâtissent le fameux « projet massif » qu’il présentera aux Français en temps utile. Quand ? Dans un « certain temps ». En marketing, on appelle ça du « teasing ». Ou l’art de se faire désirer.
Pourquoi se précipiter ? Les sondages lui annoncent que cette méthode de l’homme invisible lui fait perdre quelques points ? Il ne dévie pas de sa route. Tout simplement parce que c’est l’image qu’il s’est forgée auprès des Français lors de son passage à Matignon, lors du premier quinquennat. C’est de là que lui est venu le surnom d’Ed le Placide, l’homme qui reste stoïque durant la tempête.
Pendant ce temps, le lièvre Attal
Dans la fable de La Fontaine, le lièvre, fringant et sûr de lui, tout entier livré à sa fatuité, est coiffé sur le poteau par le brave tétrapode, protégé des coups du sort par sa trop lourde carapace. Celle que s’est forgée Ed le Placide. L’augure tiendra-t-il dans six ou huit mois, quand la campagne va entrer dans la zone des Quarantièmes Rugissants, que les promesses et serments de ralliements se volatiliseront ?
En attendant ce moment fatal, le lièvre Attal va poursuivre sa tactique de la terre brûlée, fort d’une énergie et d’une volonté qu’on découvre dans son livre quasi autobiographique, En homme libre, dans lequel il plante des banderilles multiples et variées sur les flancs d’un certain Emmanuel Macron, histoire de se débarrasser une bonne fois pour toutes du costume de fils putatif du président, de l’héritier de l’inventeur du « en même temps ».
C’est sur ce terrain du legs macroniste que les deux rivaux vont aussi s’affronter ; Edouard Philippe ayant choisi, là encore, la tactique de l’effacement, histoire de s’éloigner davantage de ce lien « toxique » qui pourrait bien contaminer d’autres candidats à venir. Après tout, répète-t-on dans l’entourage du maire du Havre, il n’a jamais été membre du parti présidentiel, qu’il s’appelle En Marche ou Renaissance. Un simple satellite, un invité de dernière heure. Il n’a donc nul besoin de s’affranchir d’une tutelle qu’il n’a jamais revendiquée.
Une seule chose est sûre, ce duo improbable va surveiller les sondages capricieux et volatils qui ne donneront leur verdict définitif qu’au début de l’année 2027. On saura alors qui du lièvre ou de la tortue passera sous les fourches caudines du vainqueur.