Emmanuel Macron et Mohammed ben Salmane, dit MBS, ont conclu lundi 24 août un accord pour la construction de trois parcs d'attractions, dont l'un consacré à Dragon Ball Z, à proximité de Cergy-Pontoise. Une poignée de main qui dépasse le simple divertissement et que la presse étrangère analyse comme un coup politique pour Paris, une nécessité de résultats pour Riyad, et une diplomatie aux enjeux multiples.
Une annonce opportune pour la campagne présidentielle
Le quotidien émirati The National estime que cette annonce tombe à pic, alors que la France s'apprête à entrer en campagne présidentielle. Emmanuel Macron, qui ne pourra pas se représenter, y voit un moyen d'imposer un héritage économique positif, grâce à la création de 22 000 emplois et à 6 milliards d'euros d'investissements saoudiens sur plusieurs années. Une nouvelle qui devrait être bien accueillie en France, alors que les débats électoraux sont dominés par les questions de dette publique et de pouvoir d'achat. L'exécutif devra également faire adopter son budget à la rentrée, une épreuve supplémentaire.
De son côté, Bloomberg nuance l'effet de surprise. Citant Valérie Pécresse, présidente d'Île-de-France, le titre américain rappelle que les équipes de la Région travaillaient sur ce projet depuis 18 mois déjà.
Un défi à Disneyland et une nécessité de résultats pour Riyad
Le quotidien espagnol El Economista voit dans ce chantier un défi lancé par Riyad au géant américain du divertissement. À quelques kilomètres de Disneyland Paris, s'installera bientôt un rival venu d'Asie. Le journal économique replace cette annonce dans le contexte des récents échecs de MBS dans le secteur du BTP. Selon lui, le prince doit impérativement afficher des succès après avoir annulé la quasi-totalité des projets les plus extravagants de NEOM, notamment ses plans de villes futuristes, en raison de coûts jugés exorbitants.
La BBC rejoint cette analyse, rappelant que l'Arabie saoudite cherche à diversifier son économie afin de réduire sa dépendance vis-à-vis des recettes pétrolières, notamment en investissant dans les loisirs et le divertissement.
Une dimension sécuritaire et une complicité personnelle
Al-Jazeera insiste sur le volet sécuritaire de la visite saoudienne, éclipsé par la communication autour du parc. Une lettre d'intention a été signée pour renforcer la coopération en matière de cybersécurité et de formation militaire. Le média qatari note que cette visite est le troisième déplacement officiel de MBS en France, et le premier à l'étranger depuis la signature de l'accord trilatéral de défense de La Mecque avec la Turquie et le Pakistan. Le gouvernement français, selon Al-Jazeera, ambitionne de continuer à jouer un rôle et à collaborer avec l'Arabie saoudite en matière de défense.
La genèse personnelle du projet est également soulignée. The National cite un conseiller de l'Élysée évoquant une discussion au domicile du prince héritier en décembre 2024, où les deux dirigeants ont découvert leur passion commune pour Dragon Ball Z. La BBC rappelle qu'Emmanuel Macron, connu pour être un fan de mangas, avait conclu une conférence de presse avec la Première ministre japonaise Sanae Takaichi en reproduisant un geste tiré de la série. El Economista souligne la dimension générationnelle : les deux hommes ont grandi à la fin des années 1980 et au début des années 1990, quand Dragon Ball devenait un phénomène culturel majeur.



