Meta a commencé, ce mardi, à se défendre devant un tribunal fédéral d'Oakland contre les accusations de plusieurs États américains qui lui reprochent d'avoir conçu et présenté Instagram et Facebook de manière trompeuse aux jeunes utilisateurs. Les États réclament, selon un chiffrage provisoire, près de 193 milliards de dollars.
Des accusations de tromperie et de collecte illégale de données
Les procureurs généraux de 29 États, menés par la Californie et trois autres États, poursuivent Meta depuis 2023. Ils accusent le groupe d'avoir minimisé les risques de ses plateformes pour la santé mentale des adolescents, d'avoir favorisé des mécanismes destinés à prolonger leur utilisation et d'avoir collecté des données d'enfants de moins de 13 ans sans consentement parental.
« Meta, l'une des plus grandes et des plus puissantes entreprises au monde, a mené une campagne pour tromper, pour induire en erreur ses utilisateurs, les législateurs, les enseignants et les parents », a déclaré Megan O'Neill, procureure générale adjointe de Californie, lors de l'audience. Pour CBS News, ce procès constitue une étape majeure dans les procédures américaines sur les effets des réseaux sociaux sur les mineurs.
La défense nie toute volonté de dissimulation
La défense rejette en bloc toutes les accusations. « Il n'y a pas de contestation possible sur le fait que Meta a à la fois reconnu que certaines personnes peuvent avoir du mal à gérer leur usage des réseaux sociaux, et cherché à concevoir des outils pour les aider », a plaidé Paul Schmidt, avocat de Meta. L'accusation juge ces dispositifs insuffisants, qualifiant certaines fonctions de « barrières en papier de soie » : seulement 0,2 % des adolescents auraient utilisé l'option « faire une pause ».
Fox Business rappelle que Meta avait tenté, sans succès, de faire rejeter l'affaire avant le procès. Les procureurs s'appuient notamment sur des documents internes dans lesquels des salariés écrivaient que certaines fonctionnalités « exploitent les faiblesses de la psychologie humaine ». Paul Schmidt en donne une lecture inverse : « Ce document a été écrit par des gens dont la mission est de s'assurer que Facebook ne cause aucun préjudice », a-t-il répondu, évoquant des équipes qui « identifient les problèmes et travaillent à les résoudre ».
Les filtres esthétiques au cœur des débats
Autre point central : les filtres imitant la chirurgie esthétique. Selon l'accusation, Meta les avait suspendus en 2019 avant de les rétablir malgré des avis d'experts défavorables. La défense affirme au contraire que l'entreprise a pris dix mois pour évaluer les risques et a finalement privilégié la liberté d'expression, faute de données jugées suffisamment solides sur leur dangerosité. L'issue de cette procédure pourrait peser sur la manière dont Facebook et Instagram fonctionnent aux États-Unis, écrit l'agence Reuters.
Verdict consultatif attendu fin septembre
Les huit jurés rendront un verdict consultatif à la fin septembre ou au début octobre, mais la décision finale reviendra à la juge Yvonne Gonzalez Rogers. Arturo Bejar, ancien ingénieur de Meta devenu une figure du combat des familles, a été le premier témoin entendu. Il a décrit la culture de l'entreprise autour du slogan « Bouge vite et fais bouger les lignes ». « Il fallait mettre les produits entre les mains des utilisateurs le plus vite possible ; par conséquent, les considérations de sécurité passaient après », a-t-il dit. Mark Zuckerberg doit également témoigner au cours du procès.



