Nouvelle-Aquitaine : une foncière pour racheter les vignes en crise
Nouvelle-Aquitaine : foncière pour vignes en crise

« On ne sait pas si ça va marcher, mais on avance. » Les préfets expriment rarement des doutes sur leurs propres initiatives. Celui de la Gironde, Étienne Guyot, fait exception. Il a présenté ce mardi 5 mai le projet d'établissement foncier censé répondre à la crise de la filière viticole. Un dispositif sans équivalent en France, dont il ne garantit pas que ça fonctionnera. « On va être observés de partout », commente le président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB), Bernard Farges.

Ce dispositif consiste à créer fin 2026 un établissement foncier, la Foncière d'avenir en Gironde (FAG), capable de racheter des terres nues issues de l'arrachage de vignes, ou plantées mais destinées à l'arrachage, ainsi que des vignes en friche. En se portant acquéreur de parcelles en crise, la FAG apporte un peu d'oxygène à des exploitants en difficulté. Dans un deuxième temps, elle réalise un vaste remembrement du paysage viticole de la Gironde, puisque ces terres sont ensuite revendues pour d'autres cultures.

Un outil pour éviter l'enfrichement

« Cela permettra non seulement de favoriser l'installation de nouveaux agriculteurs et de nouvelles productions auxquelles le parcellaire viticole n'est pas forcément adapté, mais aussi d'éviter l'enfrichement », souligne Jean-Samuel Eynard, président de la Chambre d'agriculture de la Gironde.

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20 millions d'euros de capital

Dans le concret, avant la création de la FAG fin 2026, le Conseil régional et la préfecture pilotent le lancement du dispositif. L'Établissement public foncier de Nouvelle-Aquitaine (EPFNA) va injecter 10 millions d'euros pour amorcer les premiers rachats de terres. La Société d'aménagement foncier et d'établissement rural (Safer) est opératrice sur le terrain : c'est elle qui négocie les achats « au prix du marché », prépare la transformation des parcelles et leur revente. Son portage peut durer quatre ans maximum. Une convention de partenariat a été signée ce mardi 5 mai pour encadrer la poursuite du projet.

Lorsque la FAG sera lancée, elle disposera d'un capital de 20 millions d'euros : 14 apportés par les banques Crédit agricole, Caisse d'épargne, Banque populaire et Crédit mutuel, 3 par le Conseil régional, 3 par l'État et divers établissements publics (Chambre de commerce, Chambre d'agriculture).

Un appel à manifestation d'intérêt

Ce mercredi 6 mai, la préfecture lance un appel à manifestation d'intérêt pour identifier les viticulteurs qui ont des terres à céder. « On ne sait pas combien nous aurons de réponses », reconnaît le préfet Guyot. Dans cette histoire, tout le monde l'avoue : on part dans l'inconnu. Mais le dispositif fait l'unanimité. « C'est la seule façon de s'en sortir », résume Dominique Techer, ex-président du syndicat agricole Confédération paysanne. La foncière, c'est son idée. Voyant les viticulteurs sombrer dans la crise et l'en-cours des dettes grossir dans les établissements bancaires, il s'est lancé dans une tournée pour convaincre tous les opérateurs de la filière vin.

« Ça ou la faillite »

« Je suis allé voir le président du CIVB, le Crédit agricole, tous les autres, pour expliquer que seule une foncière dédiée peut permettre de faire face à la crise », explique-t-il. Il est parvenu à convaincre la filière, y compris les syndicats agricoles d'obédiences différentes. Membre de la FNSEA, la viticultrice Laurence Impériale souligne cet aspect : « C'est la première fois que tous les syndicats agricoles sont alignés. La foncière est un formidable outil social pour sauver des viticulteurs, leur permettre de sortir la tête haute. »

Le préfet insiste, lui, sur le caractère expérimental et innovant : « Le dispositif de la foncière est inédit, une alliance public-privé encore jamais mise en place en France. Nous devons faire la démonstration que nous sommes capables d'avoir une action puissante et efficace face à la crise du secteur viticole. »

L'appel à manifestation d'intérêt est ouvert jusqu'au 7 juin. Son résultat fournira une première indication sur l'accueil réservé par les viticulteurs au projet. « De toute façon, leurs vins et leurs terres sont invendables, donc c'est ça ou la faillite », estime l'un d'eux.

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Crise du vignoble

Selon les chiffres livrés par la préfecture de la Gironde, 3 millions d'hectolitres de vin sont sortis des chais en Gironde en 2025, un recul de plus de 2 millions d'hectolitres par rapport à 2017. Entre-temps, une réduction drastique de la surface du vignoble : 20 000 hectares de vignes arrachées depuis 2023 dans le Bordelais. Malgré cela, les chais regorgent de vins qui ne trouvent pas preneur. En 2022 et 2024, l'État a financé deux campagnes de distillation « pour liquider des stocks de vins invendables », pour 49,5 millions d'euros. Un nouveau plan de distillation est en cours ce printemps, doté de 40 millions d'euros.