La station de radio publique France Inter a connu une journée de grève ce dimanche. Le mouvement social a été déclenché par le recrutement de Charles Sapin, actuellement directeur adjoint de la rédaction de l'hebdomadaire conservateur Valeurs actuelles, qui anime depuis le 30 août un édito politique de 2 minutes 30 chaque dimanche matin sur l'antenne.
Un recrutement contesté dès le départ
Transfuge de l'hebdomadaire Le Point, Charles Sapin a rejoint cet été la direction de la rédaction de Valeurs actuelles. La direction de France Inter a justifié cette embauche par la nécessité de garantir le pluralisme à l'approche de l'élection présidentielle. Cette décision a toutefois été immédiatement contestée par les équipes de la radio.
Dans une motion adoptée le 2 septembre, les personnels ont exprimé leur « refus catégorique » de ce recrutement, jugeant la ligne éditoriale de Valeurs actuelles « pas compatible » avec les missions du service public. Le magazine, qui se revendique conservateur, a été condamné à plusieurs reprises par la justice, notamment en 2020 pour avoir représenté l'élue de La France insoumise Danièle Obono sous les traits d'une esclave.
Des critiques syndicales et un rassemblement devant la Maison de la radio
Les syndicats de Radio France mettent également en avant la présence, parmi les actionnaires de Valeurs actuelles, du milliardaire Pierre-Edouard Stérin, proche de l'extrême droite. Cette proximité renforce, selon eux, l'incompatibilité entre ce média et les valeurs du service public.
Dimanche après-midi, à l'appel de l'intersyndicale, quelques dizaines de personnes, salariés et auditeurs, se sont rassemblées devant la Maison de la radio à Paris. Agnès, une auditrice parisienne de 65 ans, a déclaré : « Que ce monsieur soit invité à participer à une émission d'accord, mais pas qu'il soit recruté par Radio France ». Julien Ente, enseignant, a estimé qu'« une ligne rouge a été franchie mais elle ne vient pas de nulle part : il y a une dérive depuis des années, où l'opinion a pris le pas sur le travail des journalistes ».
La direction défend le pluralisme
Interrogée jeudi à l'antenne par la médiatrice de Radio France, la directrice de France Inter, Céline Pigalle, a défendu ce recrutement. Elle a jugé le pluralisme « fondamental » pour une radio publique, affirmant que « c'est une de nos missions premières ». Elle a également souligné l'arrivée d'autres éditorialistes issus de médias aux sensibilités diverses, comme Le Nouvel Obs, Alternatives économiques ou le Financial Times.
Selon Céline Pigalle, Charles Sapin lui a assuré avoir rejoint Valeurs actuelles « pour en changer la ligne éditoriale ». Elle a ajouté : « Je crois que je peux avoir confiance en lui pour ne pas mettre l'antenne de France Inter en danger ». La grève de ce dimanche illustre les tensions persistantes entre la direction et les équipes de la radio publique sur cette question.



