Fréjus et Saint-Raphaël : retour sur la fusion manquée de 1971
Fusion manquée Fréjus-Saint-Raphaël : retour sur 1971

En septembre 1971, il y a tout juste 55 ans, les villes de Fréjus et de Saint-Raphaël, dans le Var, ont sérieusement envisagé de ne former plus qu'une seule commune. Le projet, né dans le sillage de la loi Marcellin du 16 juillet 1971, visait à rationaliser la carte communale française. Malgré un accord de principe entre les deux maires dès 1970, les divergences politiques, financières et identitaires ont finalement eu raison de cette union, qui reste aujourd'hui largement méconnue.

Un projet de fusion né de la loi Marcellin

La loi Marcellin, adoptée le 16 juillet 1971, encourageait les regroupements de communes en offrant des incitations financières, notamment une majoration de certaines subventions d'équipement. Les préfets étaient chargés d'établir des plans de fusion, avec deux formes possibles : la fusion simple et la fusion-association. À Fréjus comme à Saint-Raphaël, l'idée a rapidement fait son chemin.

En 1971, deux nouveaux maires sont élus : Léon Héritier, colonel à la retraite, succède à André Léotard à Fréjus, tandis que le docteur Henri Girod est élu maire de Saint-Raphaël le 21 mars. Dès lors, les deux municipalités se trouvent confrontées à une question centrale : une seule ville serait-elle plus efficace que deux ?

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Des positions divergentes et un refus décisif

À Fréjus, l'idée séduit mais divise. La ville, plus étendue et encore marquée par son territoire agricole, y voit un moyen de mutualiser les moyens et de mieux organiser les équipements avec sa voisine littorale. Le projet promettait des économies de gestion et des aides de l'État renforcées. La future commune fusionnée pourrait compter environ 50 000 habitants et devenir la deuxième ville du Var.

Saint-Raphaël, de son côté, ne semblait pas hostile au mariage. En juin 1972, une commission intercommunale est constituée pour examiner les conditions du rapprochement. Le maire raphaëlois, Henri Girod, se montre même pressant : « Si 1973 ne consacre pas le mariage des deux communautés, déclarait-il, alors le divorce sera consommé. Les liens se distendront et l'on parlera de 1972 comme de l'année de l'occasion manquée. »

Le 19 juillet 1972, le conseil municipal de Saint-Raphaël franchit un pas décisif : à bulletins secrets, il demande officiellement au préfet du Var d'engager la procédure de fusion avec Fréjus. Dix-neuf élus votent pour, trois bulletins sont blancs. Mais à Fréjus, les hésitations demeurent fortes. Léon Héritier fait savoir que ses conditions ne sont pas acceptées par la ville voisine.

Un refus qui met fin au projet

Le 1er août 1972, le conseil municipal fréjusien tranche : 17 voix contre la fusion, 6 pour et 4 refus de vote. La motion adoptée avance un argument concret : la commune nouvelle couvrirait quelque 20 000 hectares, avec une population dispersée, ce qui rendrait son administration difficile dans de bonnes conditions. Le préfet envisage encore une consultation des électeurs, mais le vote du 1er août porte un coup décisif au projet.

Le 12 septembre 1972, plus de 200 personnes se réunissent au cinéma Rex à l'appel des adversaires de la fusion. Leur message est limpide : Fréjus et Saint-Raphaël peuvent déjà travailler au sein de syndicats intercommunaux, sans renoncer à leur indépendance.

De la fusion au Sivom : une coopération qui s'impose

Quelques années plus tard, une autre voie s'impose. En 1977, François Léotard conquiert la mairie de Fréjus, tandis que René-Georges Laurin devient maire de Saint-Raphaël. La fusion administrative n'est plus à l'ordre du jour. En revanche, la coopération se développe : le Sivom de Fréjus-Saint-Raphaël, première intercommunalité de France, devient un outil de gestion commune de l'assainissement. Dès décembre 1977, son comité confie à un opérateur la gestion du réseau syndical des eaux usées des deux villes.

Aujourd'hui, 55 ans après les premiers projets de fusion, Fréjus et Saint-Raphaël restent deux communes distinctes. Mais la géographie, l'urbanisation et les habitudes ont fini par rapprocher les deux villes au point de rendre leur frontière presque invisible.

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