La hausse des ratios de dette publique n'est pas un problème en soi, à condition qu'elle s'accompagne d'investissements dans les actifs d'avenir, selon une tribune publiée dans Le Monde. Les auteurs, dont l'économiste Nicolas Dufrêne, plaident pour une réorientation de la dépense publique vers des secteurs porteurs de croissance à long terme.
Une analyse nuancée de la dette publique
La tribune, signée par plusieurs économistes et experts, conteste l'idée reçue selon laquelle toute augmentation de la dette serait nocive. Ils soulignent que la dette publique française, qui avoisine les 3 000 milliards d'euros, soit environ 110 % du PIB, n'est pas un fardeau insoutenable si elle est utilisée pour financer des projets d'avenir. Selon eux, le critère pertinent n'est pas le niveau de la dette, mais la qualité des dépenses qu'elle finance.
Les auteurs citent l'exemple des investissements dans la transition écologique, la recherche et l'innovation, ou encore l'éducation. Ces dépenses, bien qu'elles augmentent la dette à court terme, génèrent des rendements économiques et sociaux à long terme qui dépassent largement les coûts de financement. Ils rappellent que les taux d'intérêt réels restent historiquement bas, ce qui rend le service de la dette plus supportable.
La nécessité de cibler les actifs d'avenir
Le texte insiste sur la nécessité de cibler précisément les actifs d'avenir, plutôt que de recourir à des dépenses de fonctionnement improductives. Il s'agit notamment de financer la décarbonation de l'industrie, le développement des énergies renouvelables, la modernisation des infrastructures numériques et la formation aux métiers de demain. Les auteurs estiment que ces investissements sont indispensables pour renforcer la compétitivité de la France et préparer l'économie aux défis du siècle.
Ils pointent également le risque d'une austérité budgétaire excessive, qui pourrait freiner la reprise et compromettre les objectifs de transition. À l'inverse, une stratégie d'investissement ambitieuse, même financée par l'emprunt, permettrait de créer des emplois et de stimuler la croissance potentielle. Cette approche, défendue par certains économistes hétérodoxes, gagne du terrain dans le débat public.
Des implications pour la politique budgétaire
La tribune appelle à un changement de paradigme dans la gestion des finances publiques. Plutôt que de se focaliser uniquement sur la réduction des déficits, il faudrait évaluer l'impact des dépenses sur la richesse nationale à long terme. Les auteurs proposent de créer un indicateur de « dette nette » qui déduirait les actifs publics (infrastructures, participations, etc.) de la dette brute, afin de mieux refléter la situation réelle.
Ils concluent que la France dispose d'une marge de manœuvre pour investir, à condition de le faire de manière sélective et efficace. Le défi est de convaincre les marchés financiers et les institutions européennes que ces investissements sont productifs. Selon eux, une telle stratégie pourrait même renforcer la crédibilité de la France à long terme, en améliorant son potentiel de croissance.



