Le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, se rend lundi à Alger pour une visite express visant à rétablir les relations judiciaires entre la France et l’Algérie. Cette visite s’inscrit dans le cadre d’un réchauffement diplomatique amorcé par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, et la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo.
Les priorités de la visite
Parmi les dossiers prioritaires figure la lutte contre la DZ mafia. La justice française a formulé une dizaine de demandes d’entraide concernant des dirigeants de ce réseau criminel qui se trouveraient en Algérie. Ces personnes sont considérées comme très importantes pour la suite des procès et pour retracer les flux financiers. La France souhaite reproduire le succès obtenu avec le Maroc, qui avait permis l’extradition de Félix Bingui, chef du clan rival Yoda.
Le ministre sera accompagné de manière inédite par le procureur national financier, Pascal Prache, et la procureure nationale anti-criminalité organisée, Vanessa Perrée. Leur présence vise à répondre aux requêtes algériennes concernant des biens mal acquis en France, après un manque de coordination constaté dans le passé. L’objectif est d’améliorer le processus pour éviter que le ministre doive se déplacer à chaque fois.
Le cas Christophe Gleizes
Des affaires individuelles sensibles seront également discutées, en particulier le cas de Christophe Gleizes, journaliste français incarcéré en Algérie depuis près d’un an, condamné à sept ans de prison pour apologie du terrorisme. La Chancellerie a choisi la discrétion, estimant que le meilleur moyen de libérer notre compatriote est de ne pas trop en parler. Le gouvernement français espère une grâce présidentielle, d’autant que le journaliste n’a pas formé de pourvoi en cassation.
Le sort d’un agent consulaire algérien en détention provisoire en France sera également abordé. L’homme a pu bénéficier de droits de visite, dans le respect de l’indépendance de la justice.
Un réchauffement diplomatique en cours
La visite de Gérald Darmanin consacre une nouvelle avancée dans le rapprochement entre les deux pays. Autre signe positif : la venue à Paris dans les prochains jours du ministre algérien de l’Intérieur, Saïd Sayoud. Laurent Nuñez a salué ce signal très positif, indiquant qu’une coopération sécuritaire se réinstaure progressivement.
Ce réchauffement s’illustre déjà par une reprise importante des laissez-passer consulaires pour les expulsions d’individus dangereux, passant de zéro à quelques centaines ces derniers mois. La Chancellerie estime désormais que le travail bilatéral se fait en confiance avec les autorités algériennes, soulignant que crier très fort contre l’Algérie n’avait pas mené à grand-chose.
Emmanuel Macron avait dit la semaine dernière espérer que la visite d’Alice Rufo marquerait le début d’une reprise des relations. Le président français avait aussi lancé une pique fin avril aux partisans d’une ligne dure, fustigeant tous les mabouls qui veulent se fâcher avec l’Algérie.



