Boualem Sansal à Nice : « Je ne voulais pas être gracié »
Boualem Sansal à Nice : « Je ne voulais pas être gracié »

L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, membre de l’Académie française, était ce mardi au Centre universitaire méditerranéen (CUM) de Nice pour une conférence autour de son dernier livre, La Légende, paru le 2 juin aux éditions Grasset. Lors de cet échange, il a déclaré qu’il ne voulait pas être gracié, qu’il portait cette grâce « comme une honte, comme une blessure », et qu’il réclamait un « vrai procès » avec son avocat et des observateurs internationaux pour obtenir un acquittement en bonne et due forme.

Une détention de douze mois et une grâce refusée

Boualem Sansal a été détenu dans les geôles algériennes de novembre 2024 à novembre 2025, condamné puis gracié. Interrogé sur son état de santé, il a répondu : « Je suis fatigué, un peu déçu par plein de choses, malade, mais bon, le moral n’est pas si mauvais que ça. » Il a ajouté : « Déçu parce que je ne voulais pas être gracié. Gracié pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Je n’ai rien fait pour être déjà condamné. »

Il a précisé avoir dit à M. Macron, au président allemand et à M. Tebboune : « Votre grâce, gardez-la ». Ce qu’il veut, a-t-il insisté, c’est un « vrai procès avec mon avocat et des observateurs internationaux pour obtenir un acquittement en bonne et due forme ».

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Le silence du monde de la culture et des Algériens de France

Interrogé sur la mobilisation de David Lisnard, qu’il qualifie de « l’un des premiers élus à s’être mobilisé », Boualem Sansal a partagé son constat sur le « silence du monde de la culture », notamment au Festival de Cannes. Il a également dénoncé « le silence de la plupart des Algériens vivant en France », à l’exception de Kamel Daoud et Kamel Belchek. Selon lui, cette attitude s’explique « par la peur de subir des arrestations à leur retour en Algérie où ils ont de la famille ».

Revenant sur la polémique autour de son départ de Gallimard pour Grasset, il a affirmé qu’il s’agissait d’« une polémique inventée par Gallimard », alors qu’on a « parfaitement le droit de quitter son éditeur comme on quitte une ville ou sa femme ». Il a raconté avoir d’abord signé La démocratie parlons-en aux éditions du Cerf, puis reçu « une vingtaine d’offres » avant de choisir Grasset lors d’un rendez-vous chez Hachette. « On m’a catalogué à l’extrême droite alors que je ne connaissais ni Grasset, ni Vincent Bolloré », a-t-il déclaré.

Ventes de « La Légende » et projet de plainte internationale

Sur les ventes de son livre, Boualem Sansal a indiqué que 150 000 exemplaires avaient été tirés et 55 000 vendus en France. En comptant les ventes dans les pays francophones comme la Suisse ou le Canada, le total se situe désormais « entre 65 000 et 70 000 exemplaires ». Il a attribué ces chiffres en dessous des prévisions à « l’effet de la cabale » et à « la baisse globale du marché de l’édition, de 23 % en France et 25 % en Allemagne ». Il a précisé que les ventes se poursuivent jusqu’à la fin de l’année.

À propos de son intention d’attaquer Abdelmadjid Tebboune et le régime algérien devant les juridictions internationales, il a annoncé que « le dossier préparé par mon avocat est prêt ». Il a expliqué que la démarche est temporisée « à la demande de l’Élysée et du Quai d’Orsay pour éviter d’éventuelles représailles sur le journaliste Christophe Gleizes », détenu depuis plus d’un an. Il a souhaité à ce dernier « beaucoup de courage pour faire face à cette injustice en détention, où l’isolement et l’absence de visites familiales constituent la pire des épreuves ».

Enfin, revenant sur sa déclaration d’avril « La France, c’est fini pour moi », il a précisé qu’il s’agissait d’« une boutade lancée en Belgique lors d’une cérémonie à l’Académie royale », après qu’un journaliste de télévision a répété « Bolloré, Bolloré ». Il a confirmé rester en France : « Oui, tout à fait ! »

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