Le tribunal correctionnel de Draguignan a examiné jeudi 10 septembre le cas d'un propriétaire terrien de Grimaud, poursuivi pour mise en danger de la vie d'autrui et infractions au plan local d'urbanisme. Il lui est reproché d'avoir laissé installer des tentes et construire des cabanes en bois, dont une avec toilettes et pergola, en pleine zone rouge du PPRIF, au cœur d'un couloir de feu où l'incendie du massif des Maures avait fait deux victimes en août 2021.
Des structures installées dans un couloir de feu
Durant les étés 2024 et 2025, des structures en bois ont été montées sur un terrain de vingt hectares en espace boisé classé, situé à Grimaud, à l'endroit même où l'incendie d'août 2021 avait ravagé 7 100 hectares. Les sapeurs-pompiers avaient dû intervenir sur cette zone lors de cet incendie. À 800 mètres de là, dans le hameau de Val de Gilly, deux personnes avaient perdu la vie.
Malgré les constatations d'agents assermentés de la commune et les remontrances d'un délégué du procureur, la situation a perduré deux étés. Le prévenu, Gilles, un sexagénaire, assure que « la remise en état des lieux a été effectuée », comme l'a confirmé son avocate, Me Dominique Lamperti. Le conseil de la commune a également confirmé cette remise en état, mais le procureur Alexandre Apel en doute encore.
« Je suis un passionné de la forêt »
Gilles se présente comme un écologiste visionnaire. « Cela fait 40 ans que je vis dans les Maures, a-t-il expliqué. Je suis un passionné de la forêt, je veux la protéger. Je n'ai jamais voulu favoriser des feux ou gagner de l'argent. » Pour lutter contre les incendies, il a eu l'idée de morceler son terrain en une vingtaine de parcelles, mises à la vente pour que chaque nouveau propriétaire « débroussaille ». « C'est trop de travail pour moi tout seul, a-t-il ajouté. Après, le projet était de cultiver ces pare-feux. Les cultures sont le meilleur moyen de se tenir éloigné des flammes. »
Il a reconnu que la création des parcelles prenait du temps : « Il faut prévenir la mairie, voir avec un géomètre, faire les papiers, passer devant le notaire… Il y en a bien pour deux ou trois ans. » Il a donc proposé à des personnes intéressées de prendre possession des lieux sans attendre, mais conteste avoir reçu de l'argent. Son avocate a réclamé des « preuves de cette assertion », tandis que l'avocate de la commune de Grimaud est persuadée qu'il a touché de l'argent et a voulu monter « une sorte d'écohébergement insolite et discret ».
Une décision mise en délibéré
Gilles affirme que ce sont les futurs propriétaires qui ont installé les tentes et fabriqué les cabanes, alors qu'il n'était pas en France. « Quand je suis rentré et que j'ai vu tout ça, j'ai essayé d'arranger la situation. Mais ça a pris un peu de temps. Et puis, la personne qui était dans la cabane n'est pas folle, elle ne restait pas là-bas durant l'été. » Il soutient désormais que « tout est réglé » et a attendu octobre 2025 pour brûler ce qu'il restait. La commune de Grimaud a fait jouer son droit de préemption et a « racheté la colline ». « Ma tentative écologique a échoué… »
Le procureur Alexandre Apel a requis 6 mois d'emprisonnement avec sursis et 10 000 euros d'amende, dont 5 000 avec sursis, estimant que « Monsieur est un philanthrope de l'écologie qui a tout fait à l'envers » et qu'il « a voulu faire de l'argent alors qu'il y avait sur ce site un danger particulier, connu de tous ». La décision a été mise en délibéré au 8 octobre.



