« Bataillon Monaco » : 134 procédures, aucune condamnation quatre ans après
Bataillon Monaco : 134 procédures, zéro condamnation

Quatre ans après le scandale du « Bataillon Monaco », la justice ukrainienne n’a prononcé aucune condamnation : 134 décisions judiciaires ont été rendues, mais aucun jugement de fond n’a été émis contre les riches Ukrainiens installés sur la Côte d’Azur pour échapper au conflit. La spectaculaire tentative d’assassinat de Vadim Ermolaev dans la Principauté le 29 juin dernier a remis ce dossier sous les projecteurs, sans accélérer les procédures qui s’étiolent à Kiev.

84 riches Ukrainiens toujours visés par l’enquête initiale

À l’origine, plus de 80 personnalités politiques, économiques et sécuritaires étaient soupçonnées de franchissement illégal de la frontière au début de l’invasion russe. Le registre du tribunal ukrainien comptabilise désormais 84 riches Ukrainiens cités dans l’enquête. Parmi les figures emblématiques du dossier figurent notamment les députés Vadym Stolar et Igor Abramovitch, les dirigeants du club de football Dynamo Kiev Grigory et Igor Surkis, l’ancien haut responsable policier Sergueï Viazmikine, Rinat Akhemtov – qui a acquis l’appartement le plus cher du monde à Monaco –, ou encore Vadim Ermolaev, dont le nom a fracassé l’actualité au début de l’été après l’explosion en plein cœur de la Principauté.

Le cœur de l’enquête s’est toutefois considérablement éloigné des oligarques. L’attention des enquêteurs s’est déplacée vers des fonctionnaires régionaux en mission à l’étranger et des hommes ayant quitté le pays via le système de dérogations « Shlyakh ». La dernière décision en date concerne la vérification de la déclaration de patrimoine d’un élu local.

Des personnalités visées par d’autres scandales

Plusieurs des personnalités initialement ciblées font l’objet de poursuites distinctes. Vadym Stolar est ainsi visé par le Bureau anticorruption (NABU) et le Parquet spécialisé (SAPO) dans une affaire financière dite « Forrest Gump ». La Cour suprême a confirmé en septembre 2026 qu’il n’avait pas versé dans le délai imparti la caution de 300 millions de hryvnias (environ 6,7 millions d’euros) fixée par le tribunal.

Quant aux frères Surkis, dont le départ fin février 2022 via le poste-frontière de Vylok s’était accompagné d’un transfert non déclaré de 17,6 millions de dollars enregistré par les douanes hongroises, ils sont aujourd’hui quasiment effacés des comptes rendus publics du dossier principal. Le Bureau d’enquête d’État conserve la charge de cette procédure tentaculaire.

Une institution anticorruption fragilisée

L’organisme anticorruption fait face à Kiev à des controverses internes et à des soupçons d’enrichissement injustifié visant certains de ses propres responsables. Ces scandales ont mené à la fuite du procureur général ukrainien, éclaboussé par un scandale de corruption autour des call-centers frauduleux. La procédure principale reste donc dans l’attente d’un jugement de fond, malgré l’accumulation des décisions préliminaires.