Le vestiaire pontifical obéit à des règles millénaires, et Léon XIV ne fait pas exception. Contrairement aux idées reçues, le pape ne choisit pas librement ses vêtements : « Ils ne choisissent pas vraiment leurs habits, car les habits religieux ont leurs codes », explique depuis Rome Raniero Mancinelli, tailleur ecclésiastique depuis soixante ans. Il a habillé Jean-Paul II, Benoît XVI, François et Léon XIV, qu'il habillait déjà lorsqu'il était cardinal.
Un vestiaire codifié, une personnalisation subtile
La personnalisation se joue dans le détail : l'épaisseur du tissu, la longueur, la coupe. « Certains veulent un vêtement un peu plus long ou un peu plus court », raconte le tailleur. Un ancien pape, plus frileux, réclamait des étoffes plus chaudes. Léon XIV, lui, ne donne pas de fil à retordre à son tailleur. « Il est calme, raffiné, élégant. Il n'est pas très grand et il est mince, c'est très facile à habiller », assure Raniero Mancinelli. Pas le genre de client à arriver avec un moodboard de trente pages.
Benoît XVI, le pape maximaliste
Si un pape aurait pu défiler à la Fashion Week, c'était probablement Benoît XVI. « Un grand raffiné, une personne qui aimait les très belles choses », se souvient Raniero Mancinelli. Alberto Ambrosio, théologien et historien des religions, estime que l'Allemand était, parmi les papes récents, celui qui assumait le plus volontiers les attributs historiques de la fonction. Les fameuses chaussures rouges, qui appartenaient depuis longtemps au vestiaire pontifical, ont marqué les esprits au point de devenir presque aussi célèbres que leur propriétaire. Benoît XVI ne faisait pas vraiment dans le quiet luxury.
François, le pape spartiate
François, arrivé en 2013, a fait le tri. La mozzetta rouge ? Non merci. Les chaussures rouges ? Remplacées par du noir. Les ornements ? Minimum syndical. « François, c'était plus pratique, plus spartiate. Il ne voulait pas de choses riches ou précieuses », raconte Raniero Mancinelli. Le tailleur se remémore une anecdote : un jour, François lui demande combien coûte un habit en particulier. Mancinelli annonce le prix. Réponse du souverain pontife, en plaisantant : « Vous êtes un voleur ! » Cette sobriété n'était pas seulement une question de goût, car Alberto Ambrosio rappelle que François cherchait à alléger visuellement tout ce qui pouvait donner à la papauté des airs de cour. Quelques jours avant sa mort, il s'était encore montré dans la basilique Saint-Pierre vêtu d'un simple poncho.
Léon XIV, un retour au protocole
Lorsque Léon XIV est apparu après son élection l'an dernier avec la mozzetta rouge et l'étole brodée, le contraste a sauté aux yeux. Mais Camille Dalmas, journaliste vaticaniste pour I.Media, met en garde contre les conclusions express : « Il y a un risque de surinterprétation assez fréquent. » Remettre une cape rouge ne transforme pas automatiquement un pape en partisan de l'Ancien Régime. Selon lui, Léon XIV reprend surtout des vêtements qui faisaient partie du décor avant François. « Il n'a pas de problème avec le fait de s'habiller comme un pape », résume-t-il. Alberto Ambrosio préfère parler d'une apparence « plus protocolaire ». Léon XIV ne révolutionne rien, il remet quelques pièces que son prédécesseur avait laissées au vestiaire.
Le quiet luxury version Saint-Siège
En décembre 2025, Vogue a classé Léon XIV parmi les 55 personnalités les mieux habillées de l'année, saluant notamment sa première apparition au balcon de Saint-Pierre. En août dernier, Vanity Fair l'a intégré à sa liste annuelle des « Best Dressed » aux côtés de Rosalía, Björk ou Spike Lee, mettant en avant son mélange improbable de soutane, baskets Nike et casquette de baseball. Pour Raniero Mancinelli, le défi reste le blanc : « Cela se salit très facilement. Il faut une attention extrême sur le choix du tissu. » Contrairement à l'industrie de la mode, Rome ne renouvelle pas ses collections toutes les six semaines. « L'innovation vestimentaire chez un pape a tendance à rester très, très longtemps », souligne Camille Dalmas. De Jean-Paul II à Léon XIV, chacun modifie légèrement le même uniforme. Le pape n'a pas besoin de suivre la mode : en ayant quelques siècles d'avance sur le concept de « garde-robe capsule », c'est plutôt la mode qui a fini par le rattraper.