Thermes de Balaruc : record de CA mais diversification déficitaire
Thermes de Balaruc : CA record, diversification déficitaire

La Chambre régionale des comptes (CRC) a rendu un rapport contrasté sur les Thermes de Balaruc-les-Bains, première station thermale de France. L'établissement affiche une santé financière record, mais la juridiction pointe une diversification déficitaire et un pilotage à clarifier. Le rapport, diffusé le 17 septembre, porte sur le contrôle des comptes et la gestion de la Société publique locale d'exploitation des thermes (Spleth) pour les exercices 2020 à 2024.

Une trajectoire financière « très favorable »

En 2024, la Spleth, détenue à 85 % par la Ville de Balaruc, a accueilli 50 265 curistes, soit 10,7 % de la fréquentation nationale. Son chiffre d'affaires atteint 39,5 millions d'euros, un niveau supérieur à celui d'avant la crise Covid (34,1 M€ en 2019). Le résultat net s'établit à 3,3 M€ et la trésorerie disponible à 20,5 M€. La CRC souligne que « cette performance repose très majoritairement sur les cures thermales conventionnées, qui représentent plus de 90 % du chiffre d'affaires ».

La juridiction note la « solidité financière » de la société, tout en relevant sa « dépendance structurelle » à l'activité thermale conventionnée et aux conditions nationales de prise en charge. Un sujet sensible : en septembre 2025, l'État envisageait de ramener à 65 % le taux de remboursement des cures pour les patients en affection longue durée (ALD), au lieu de 100 %.

Le maire de Balaruc-les-Bains, Christophe Rioust, se félicite : « La Spleth a su surmonter avec brio les crises et notamment celle du Covid, sans mettre en péril la santé financière de la commune, avec un CA en hausse, des résultats nets doublés, des capitaux propres renforcés, une trésorerie solide […]. Au-delà des chiffres, nous portons aussi une mission de santé publique. »

Des finances communales « dépendantes » du thermalisme

Le contrôle des comptes de la Ville de Balaruc-les-Bains, rendu le 18 septembre, observe des finances « saines ». Néanmoins, la CRC estime que le thermalisme rend la commune « dépendante » de cette activité. L'équilibre des charges de fonctionnement, plus élevées que dans les communes de même strate, repose sur un niveau important de recettes liées au thermalisme. En 2025, les ressources issues de la Spleth atteignent 10 M€, soit 43 % des produits de gestion du budget principal et du budget annexe thermal.

La CRC avertit : « Ce produit soutient l'épargne communale, mais pourrait à moyen terme devoir être mobilisé pour financer le budget annexe thermal. » Elle recommande à la Ville de présenter chaque année une trajectoire pluriannuelle de financement du patrimoine thermal.

Diversification déficitaire et gouvernance épinglées

La Chambre remarque que la Spleth développe des activités complémentaires de nature commerciale, notamment le bien-être, le thermoludisme et la cosmétique. Si elles participent à l'attractivité du site, elles demeurent déficitaires. « Le déficit cumulé des activités complémentaires atteint 3,4 M€ sur la période 2019-2024 », note la juridiction.

Cette situation a animé le dernier conseil municipal. L'opposant Laurent Diaz a questionné « l'intérêt de garder l'activité cosmétique qui coûte de l'argent ». La Ville réaffirme : « La diversification vers le bien-être, la cosmétique, la prévention et le sport-santé doit permettre de renforcer l'attractivité de la station », citant la réhabilitation du spa O'balia et le développement de la Maison Sport-Santé.

En 2024, l'ensemble des flux financiers versés à la commune, redevances et dividendes compris, atteint 9,2 M€, soit près de 21 % du chiffre d'affaires annuel. Le nouveau contrat d'affermage 2024-2029 prévoit une redevance de renouvellement progressive pour financer les travaux du patrimoine thermal, notamment ceux liés à O'Balia.

Affaire Sublio : un dossier « enfin reconnu »

La CRC met en exergue « des procédures d'achat et de prévention des conflits d'intérêts à sécuriser, illustrées par le dossier des dispositifs d'hyperionisation de l'eau ». Il s'agit de la technologie Sublio, testée puis retirée des Thermes en 2023, qui a valu un rappel à l'ordre de l'ARS. L'acquisition a coûté 904 680 € à la commune. La CRC rappelle que le marché avait été conclu « avec une société au sein de laquelle un proche d'élu ayant participé au vote (précisément le fils d'une adjointe au maire, NDLR) avait des intérêts financiers ».

Laurent Diaz s'est félicité d'une affaire « enfin reconnue par la CRC », selon lui, la Ville a fait courir aux Thermes « le risque d'un déconventionnement des cures » pour non-respect du droit. Il ajoute : « Aujourd'hui, il y a 904 600 € d'argent public pour des réacteurs stockés et hors services et il n'y a depuis aucune demande de remboursement. » Le dispositif n'a pas été mis en service. Diaz a également évoqué « des primes indues au directeur général des Thermes pour un montant de 45 000 € », affirmant vouloir « saisir le procureur de la République et se rapprocher de l'association Anticor ». Des propos « proches de la diffamation », a répondu le maire.

La Spleth « ne présente pas de manière suffisamment complète les résultats par activité », juge la CRC. Les résultats de l'activité cosmétique ne sont pas publiés dans les rapports transmis aux actionnaires et aux collectivités. Un « manque de transparence » relevé par Laurent Diaz. Christophe Rioust insiste : « Les Thermes sont au cœur de l'économie de Balaruc-les-Bains, de son identité et de son avenir. Les résultats montrent qu'un outil public peut être performant économiquement tout en restant au service du territoire. » La commune juge que les recommandations « ne remettent pas en cause le modèle », mais entend les « mettre en œuvre ». À partir de 2027, les rapports seront « davantage détaillés par activité », pour offrir aux actionnaires une vision plus précise des résultats et perspectives.