Le fondateur du groupe Prisma Media, Axel Ganz, est mort à 88 ans, a annoncé sa famille mercredi 22 juillet. Surnommé le "tigre de papier glacé", ce pionnier de la presse magazine a lancé des titres emblématiques comme Voici, Capital, Geo et Femme Actuelle. Son décès survient alors que le groupe fait face à un plan social visant 260 salariés.
Un visionnaire de la presse magazine
Né en Allemagne, Axel Ganz a débuté sa carrière comme journaliste avant d'être missionné par l'éditeur allemand Gruner + Jahr à la fin des années 1970 pour adapter le magazine Geo au marché français. "L'aventure en France a commencé avec Geo parce qu'on pensait que c'était le plus facile à transposer dans un autre pays, une autre culture, car c'était essentiellement un magazine d'images", expliquait-il dans un portrait diffusé par Arte en 2006.
De cette première adaptation est né Prisma Presse, devenu l'un des leaders de la presse magazine en France. Axel Ganz a ensuite lancé des titres comme Voici, Gala, Femme Actuelle et Capital, et racheté des médias tels que VSD.
Le succès de Capital et des autres titres
"Il avait eu l'intuition formidable qu'il n'y avait pas de journal économique adapté à la demande des lecteurs", raconte Jean-Joël Gurviez, ancien rédacteur en chef et éditeur de Capital. "Ce n'était pas si évident à l'époque, la presse éco c'était L'Expansion." Avec ses unes percutantes et colorées, Capital est devenu leader du marché, avec plus de 400 000 exemplaires diffusés en moyenne à la fin des années 1990 (contre 69 000 en 2025).
Voici, malgré une réputation "trash", a connu le succès grâce à ses textes caustiques, tout comme Femme Actuelle et Télé-Loisirs.
Un héritage durable et des hommages
"La France perd l'une des grandes figures de la presse, un homme dont la vision et la passion ont marqué durablement le monde des médias", a déclaré la famille d'Axel Ganz dans un communiqué, saluant "un mari, un père et un grand-père d'une immense générosité". Le groupe Prisma Media a ajouté : "Son exigence, son audace et sa passion pour le journalisme ont façonné durablement l'identité du groupe et laissent un héritage qui continue d'inspirer ses équipes."
Claire Léost, ancienne présidente de Prisma Media (2021-2025) et aujourd'hui directrice générale de CMA Media, a salué "un modèle et une source d'inspiration pour beaucoup d'hommes et de femmes de presse" qui "laisse une empreinte durable".
Les défis du numérique et la vente à Vivendi
Axel Ganz a vécu les bouleversements du numérique et l'impact d'Internet sur le modèle économique de la presse. "La grande question est de savoir si l'on arrivera à refaire payer la consommation de médias digitaux après avoir habitué les lecteurs à la gratuité", déclarait-il au Figaro en 2013, prédisant "une purge du marché".
En 2020, le groupe Prisma a été vendu par Gruner + Jahr, filiale du géant allemand Bertelsmann, à Vivendi, contrôlé par Vincent Bolloré. Depuis, le groupe a annoncé plusieurs plans sociaux, dont le dernier, massif, prévoit le licenciement de 260 salariés, soit 40 % des effectifs. Une réunion du comité social et économique (CSE) était prévue le jour de son décès.
Réactions des salariés
"C'est un choc pour les salariés de Prisma", a déclaré à l'AFP Emmanuel Vire, délégué syndical CGT du groupe. "Il était rude en négociations mais c'était un visionnaire." Il a ajouté : "Son départ la veille de la mise en œuvre d'un plan social prévoyant le licenciement de 40 % des salariés de Prisma est aussi terrible pour beaucoup de salariés."



