Andy Burnham devient Premier ministre : la presse britannique sceptique sur son programme
Andy Burnham Premier ministre : la presse sceptique

Andy Burnham a retrouvé un siège à Westminster, a été désigné chef du Labour sans adversaire, puis nommé Premier ministre. Il devient ce lundi 20 juillet le septième chef du gouvernement britannique en dix ans. Keir Starmer, lui, a quitté le pouvoir moins de deux ans après avoir remporté une très large majorité lors des dernières élections législatives.

Un style apprécié, un programme flou

Outre-Manche, les journaux s'interrogent sur ce qui change cette fois-ci. Sur un point, ils s'accordent : Andy Burnham sait parler aux électeurs. Ancien ministre sous Tony Blair et Gordon Brown, puis maire très populaire du Grand Manchester, il a battu Reform UK à Makerfield alors que le Labour était au plus bas dans les sondages. Le Telegraph le décrit comme un "politicien Heineken", capable d'atteindre les travaillistes, les écologistes et les libéraux-démocrates, mais aussi certains conservateurs ou partisans de Nigel Farage. Il ajoute que "parvenir au sommet n'est que la moitié de l'histoire". Pour gouverner, il faut encore "une direction politique très claire".

Un programme encore peu détaillé

C'est un point que la presse conservatrice dit ne pas avoir trouvé. Le Spectator résume son article dès le titre : les "bonnes ondes" de Burnham "ne suffiront pas". L'hebdomadaire lui reproche de vouloir "remettre davantage d'argent dans les poches des gens" et de répéter qu'il possède "un plan", sans préciser comment il financera les logements sociaux, l'aide aux personnes âgées ou le trou de 7,4 milliards de livres dans les investissements de la défense. Même réserve dans le Telegraph, qui écrit que le pays se retrouve dirigé par "un Premier ministre dont il sait encore très peu de choses".

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Andy Burnham promet de revenir sur "quarante ans de thatchérisme", défend une "croissance dans chaque code postal" et revendique un "Manchesterisme" fondé sur la décentralisation. Mais ses positions ont évolué sur l’immigration, l'Union européenne et les règles budgétaires. Dans son entourage, certains parlent déjà d’un "Burnhamisme de droite" et d’un "Burnhamisme de gauche". Le quotidien attend de savoir lequel formera le gouvernement.

Le Guardian favorable mais prudent

Le Guardian se montre plus favorable, sans lui épargner les conseils. Andy Burnham arrive, selon le journal, avec un "capital de confiance" auprès des électeurs qu'il ne doit pas gaspiller. Sa mission affichée est de "ramener l'espoir", à rebours de Keir Starmer, qui avait commencé son mandat en prévenant que la situation empirerait. Le quotidien lui conseille aussi de ne pas évoquer d'élections anticipées, souvenir de Gordon Brown, et de choisir une ligne assez nette pour que l'administration sache quoi faire.

Des politiques annoncées, des factures à présenter

Reste la question des comptes. Dans le Financial Times, Martin Wolf adresse au nouveau Premier ministre une lettre dont le premier conseil reprend Barack Obama : "Ne faites pas de choses stupides." La principale serait de croire à un "déjeuner budgétaire gratuit". Les obligations britanniques à dix ans approchaient 5 % le 16 juillet, contre 4 % en Italie et 3,1 % en Allemagne. Le Financial Times recommande donc au travailliste de "[faire] attention" : "Les investisseurs n'ont pas beaucoup confiance en votre pays". Le journal rappelle que la crédibilité financière "peut être détruite en quelques jours".

Le Times tient un raisonnement voisin. Andy Burnham est, écrit-il, un responsable "expérimenté" et un orateur assuré. Mais il devra "diriger le parti, et non le cajoler". Le principal dossier sera la dépense publique, ce "gorille de 800 livres" dont parle le quotidien. Burnham critique la discipline parlementaire ; le Times prévoit qu'il devra pourtant "faire claquer le fouet, ou échouer".

L'Observer est plus optimiste. "Le placard n'est pas aussi vide qu'on le dit", affirme le journal. Modifier la rémunération des réserves bancaires pourrait économiser entre 8 et 9 milliards de livres par an ; "rapprocher l'impôt sur les plus-values de celui sur les revenus rapporterait davantage" ; "des garanties publiques pourraient accélérer les investissements". Le quotidien encourage Burnham à financer l'aide à la jeunesse, les soins et la construction.

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La presse britannique n'accueille donc pas Andy Burnham en sauveur. Elle voit un responsable populaire, capable de réunir une coalition large et de rendre au Labour une énergie perdue sous Keir Starmer. Mais du Spectator au Guardian, le message varie peu : le style est un avantage, pas un programme. Andy Burnham entre à Downing Street avec une popularité réelle, des ambitions nombreuses et six journaux déjà prêts à vérifier ses additions.