À la fin de l'année 2024, Félix*, un étudiant berlinois, a franchi le pas et contacté les médecins du programme « Kein Täter werden » (KTW), soit « Ne devenez pas un délinquant » en français. Ce dispositif, basé à l'Institut de sexologie de l'hôpital de la Charité de Berlin, propose depuis vingt ans un accompagnement psychologique aux personnes attirées sexuellement par les mineurs. L'objectif est de prévenir les agressions sexuelles contre les enfants et la consommation d'images pédopornographiques.
Un soutien pour sortir de l'isolement
« J'avais visionné des images pédopornographiques, ce qui a gravement accentué ma dépression et mes idées suicidaires. Je voulais absolument arrêter, mais je n'y arrivais pas. J'avais besoin d'aide », confie Félix. Comme lui, de nombreuses personnes souffrant de cette attirance cherchent une issue sans savoir vers qui se tourner. Le programme KTW offre une prise en charge gratuite et anonyme, avec des thérapeutes spécialisés.
Un dispositif pionnier en Europe
Lancé en 2005, le programme a déjà accompagné plus de 10 000 personnes. Il repose sur une approche préventive et non répressive, visant à éviter le passage à l'acte. Les patients bénéficient de thérapies individuelles et de groupe, ainsi que d'un suivi médical si nécessaire. Selon les responsables du programme, environ 70 % des participants parviennent à contrôler leurs pulsions après un an de suivi.
Des résultats encourageants
Une étude menée en 2020 a montré que le taux de récidive des agressions sexuelles chez les participants au programme était inférieur à 3 %, contre 10 à 15 % dans la population générale non traitée. « Nous savons que la prévention fonctionne. Beaucoup de ces personnes ne demandent qu'à être aidées », explique le Dr. Klaus Beier, directeur de l'Institut de sexologie.
Un modèle qui inspire d'autres pays
Face au succès du programme, d'autres pays européens comme la Suisse, l'Autriche ou la France s'intéressent à ce modèle. En France, une expérimentation similaire a été lancée en 2021 dans quelques centres hospitaliers. Toutefois, des obstacles persistent, notamment le manque de financements et la stigmatisation sociale des personnes concernées.
Félix, aujourd'hui en thérapie depuis six mois, témoigne : « Ce programme m'a sauvé la vie. Je sais maintenant que je ne suis pas seul et que je peux apprendre à vivre avec cette attirance sans faire de mal à personne. »
*Le prénom a été modifié pour préserver l'anonymat.



