Andrea Orcel : le « Cristiano Ronaldo » de la finance à l'assaut de Commerzbank
Andrea Orcel, le « CR7 » de la finance, vise Commerzbank

Surnommé le « Cristiano Ronaldo » de la finance en raison de son ambition débordante et de sa confiance en lui, Andrea Orcel, PDG d'UniCredit, a lancé une offensive pour racheter Commerzbank, la deuxième banque allemande. Ce Romain de 61 ans, considéré comme l'un des financiers les plus redoutés d'Europe, vise à créer un champion bancaire européen de premier plan.

Une stratégie de conquête

Andrea Orcel n'a jamais caché ses ambitions. Depuis qu'il a pris la tête d'UniCredit en 2021, il a multiplié les acquisitions et les restructurations pour renforcer la position de la banque italienne. L'offre sur Commerzbank, détenue à 16,5 % par l'État allemand, s'inscrit dans cette logique. Selon des sources proches du dossier, Orcel aurait déjà pris contact avec des actionnaires clés de Commerzbank pour sonder leur intérêt.

« L'Europe a besoin de banques capables de rivaliser avec les géants américains et asiatiques », a déclaré Orcel lors d'une conférence à Milan en septembre 2023. « Une fusion entre UniCredit et Commerzbank créerait un leader avec un bilan de plus de 1 000 milliards d'euros, capable de financer l'économie réelle à grande échelle. »

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Une résistance farouche

Face à cette offensive, Bettina Orlopp, directrice générale de Commerzbank, mène une bataille acharnée pour préserver l'indépendance de son institution. Fondée en 1870, Commerzbank est un pilier du système bancaire allemand, avec 25 000 employés et des liens étroits avec les PME locales. Orlopp a multiplié les déclarations publiques pour défendre la stratégie autonome de la banque.

« Commerzbank a son propre plan de croissance, et nous n'avons pas besoin d'un partenaire italien pour réussir », a-t-elle affirmé lors d'une interview au Handelsblatt en octobre 2023. « Nous sommes rentables, bien capitalisés, et nous avons une clientèle fidèle. Une fusion risquerait de détruire de la valeur et de menacer des emplois. »

Un contexte politique tendu

Le gouvernement allemand, qui détient encore 16,5 % du capital de Commerzbank via le Fonds de stabilisation financière (FSF), suit de près la situation. Le ministre des Finances, Christian Lindner, a indiqué que Berlin n'était pas opposé à une consolidation bancaire européenne, mais a insisté sur la nécessité de préserver les intérêts allemands. « Nous ne laisserons pas une banque systémique tomber entre des mains étrangères sans garanties solides », a-t-il déclaré au Bundestag.

Du côté italien, le gouvernement de Giorgia Meloni soutient discrètement Orcel, y voyant une opportunité de renforcer l'influence de l'Italie dans le secteur financier européen. Rome a déjà fait savoir qu'elle ne bloquerait pas l'opération, sous réserve que les conditions soient favorables à UniCredit.

Des obstacles réglementaires

Au-delà des résistances politiques, l'opération devra franchir plusieurs obstacles réglementaires. La Banque centrale européenne (BCE), superviseur unique des grandes banques de la zone euro, examinera la solidité financière du projet. De son côté, l'Autorité bancaire européenne (ABE) vérifiera le respect des règles de concurrence.

Selon des analystes de la banque d'affaires Lazard, consultés par le Financial Times, une fusion UniCredit-Commerzbank pourrait générer des économies d'échelle de 1,5 milliard d'euros par an, principalement grâce à la réduction des effectifs et à la mutualisation des systèmes informatiques. Mais elle entraînerait aussi des coûts de restructuration estimés à 3 milliards d'euros.

Un scénario impensable il y a dix ans

Il y a dix ans, une telle opération aurait semblé impossible. UniCredit sortait à peine de la crise financière, avec des créances douteuses massives, tandis que Commerzbank était encore convalescente après son sauvetage public de 18 milliards d'euros en 2009. Aujourd'hui, les deux banques ont assaini leurs bilans : le ratio de fonds propres durs d'UniCredit atteint 16,2 %, et celui de Commerzbank 14,8 %.

« La donne a changé », explique Maria Cannata, professeure de finance à l'université Bocconi de Milan. « Les banques européennes sont mieux capitalisées, et les régulateurs encouragent les fusions transfrontalières pour créer des champions capables de rivaliser avec les banques américaines. Orcel a compris cela avant les autres. »

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L'issue de ce bras de fer reste incertaine. Bettina Orlopp peut compter sur le soutien des syndicats et des politiques locaux, tandis qu'Andrea Orcel mise sur la logique économique et la pression des marchés. Une chose est sûre : le « Cristiano Ronaldo de la finance » n'abandonnera pas facilement son objectif.