La fièvre monte au Moyen-Orient. Les États-Unis ont mené ce jeudi 11 juin à l'aube de nouveaux bombardements contre l'Iran. Téhéran a annoncé des ripostes contre des bases militaires au Koweït et à Bahreïn et promis de prendre pour cible tous les navires s'aventurant dans le détroit d'Ormuz. La perspective d'un accord vers la paix s'éloigne toujours un peu plus, alors même que le président Donald Trump avait annoncé mardi 9 juin un « très très bon accord » à venir sous « deux à trois jours ».
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a, de son côté, déploré « l'escalade des attaques et de la rhétorique ces dernières 48 heures » et mis en garde contre un glissement vers une « guerre totale » dans le Golfe.
Des frappes américaines sur l'Iran
Les États-Unis ont lancé de nouvelles frappes sur l'Iran, qui ont visé « des installations de surveillance militaire, des systèmes de communication et des sites de défense aérienne iraniens à travers tout le pays », selon l'armée américaine. Des explosions ont été entendues tôt jeudi matin sur l'île de Qeshm, à Minab, Sirik et dans le port de Bandar Abbas, dans le sud du pays, ont rapporté des médias iraniens.
Les États-Unis et l'Iran s'étaient déjà mutuellement attaqués dans la nuit de mardi à mercredi, malgré un cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril après plus de cinq semaines de bombardements.
« Ils n'arrêtent pas de nous mener en bateau », estime Trump
Les frappes américaines ont été déclenchées après que Donald Trump a accusé Téhéran de tergiverser dans les négociations pour arrêter la guerre au Moyen-Orient. « On était vraiment sur le point de conclure un accord, mais ils n'arrêtent pas de nous mener en bateau, ils se foutent de nous », s'était emporté le président américain devant la presse ce mercredi. Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a lui reproché à l'Iran de « jouer au chat et à la souris » dans les négociations. « Si nous devons négocier à coups de bombes, nous négocierons avec des bombes, et nous sommes très doués pour ça », a-t-il menacé.
Le Koweït, la Jordanie, Bahreïn ciblés… L'Iran riposte
En représailles aux dernières frappes américaines, les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de Téhéran, ont dit avoir lancé des drones sur les bases militaires d'Ali al-Salem et Ahmad al-Jaber, au Koweït, et sur la base aérienne de Sheikh Isa, à Bahreïn. Les médias iraniens avaient auparavant annoncé une attaque contre le quartier général de la 5ᵉ flotte américaine à Bahreïn.
« Une fillette de 11 ans a été légèrement blessée et soignée sur place ; des véhicules ont pris feu et des habitations ont été endommagées à Madinat Hamad et dans la capitale Manama, après la chute de débris résultant de l'interception et de la destruction de missiles iraniens », a écrit sur X le ministère de l'Intérieur du Bahreïn. Au Koweït, l'armée avait déclaré être en train de « combattre des cibles aériennes hostiles », avant d'annoncer jeudi la réouverture de son espace aérien qui avait été fermé suite aux représailles iraniennes. Le trafic est revenu à la normale, a indiqué dans un communiqué l'autorité de l'aviation civile du Koweït.
Les Gardiens de la Révolution ont par ailleurs affirmé avoir tiré 12 missiles balistiques contre la base d'Al-Azrak, en Jordanie, utilisée par les États-Unis. Ils ont assuré, d'après l'agence Tasnim, avoir détruit « un grand nombre d'avions de combat ». L'ambassadeur iranien à l'ONU, Amir Saeid Iravani, a déclaré de son côté qu'« aucun accord ne peut être conclu sous la menace, l'intimidation ou l'usage de la force ».
« Le détroit d'Ormuz sera fermé jusqu'à nouvel ordre », promet l'Iran
Téhéran a également averti que ses forces prendraient pour cible tout navire tentant de franchir le détroit stratégique d'Ormuz, par lequel transitait en temps normal un cinquième du commerce mondial du pétrole et du gaz naturel liquéfié. « Suite aux violations répétées du cessez-le-feu par l'ennemi américain, le détroit d'Ormuz sera fermé jusqu'à nouvel ordre », ont fait savoir les Gardiens de la Révolution, cités par la télévision d'État. « Aucun navire ne doit quitter son mouillage dans le golfe Persique et la mer d'Oman. Toute approche du détroit d'Ormuz sera considérée comme une collaboration avec l'ennemi », ont-ils averti.
Dans la foulée la marine iranienne, citée par les médias, a annoncé que « deux navires qui tentaient de franchir illégalement le détroit d'Ormuz ont été frappés », sans plus de précision. « Vous rendez le détroit sacré d'Ormuz dangereux ? ! Nous ferons de cette région un enfer pour vous », a menacé le commandant de l'aviation des Gardiens de la Révolution Sardar Mousavi.
Washington, qui impose pour sa part un blocus aux ports iraniens, a démenti tout blocage du détroit. « Les navires commerciaux continuent de transiter par le détroit d'Ormuz ce soir », a écrit sur X le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom). Cette aggravation de la situation dans le Golfe continue d'alimenter la hausse des prix du pétrole. Jeudi matin, le baril de Brent de la mer du Nord gagnait 1,7 % à 94,68 dollars, et celui de WTI américain 2 % à 91,84 dollars.
Vingt-deux pays demandent à l'Iran d'arrêter de cibler les personnes « sur leurs territoires »
Vingt-deux pays, dont la France, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada ou encore l'Australie et plusieurs nations européennes, ont demandé à l'Iran de cesser les attaques contre des personnes « sur leurs territoires », dans un communiqué commun publié jeudi. Le groupe de pays « condamne les tentatives de meurtre et autres actions malveillantes menées en Europe, en Amérique du Nord et en Australie par le Corps des gardiens de la révolution islamique, les services de renseignement, la Force Al-Qods et le ministère du renseignement et de la sécurité d'Iran », d'après le texte publié en français par le ministère des Affaires étrangères français. « La République islamique d'Iran doit cesser ces actes immédiatement », réclament ces pays.
Ils dénoncent également « la récente campagne d'attaques menée en Europe à l'encontre des communautés juives, des journalistes iraniens et des intérêts américains, revendiquée par le groupe Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya (Hayi) et soutenus par ses intermédiaires ». Ce dernier groupe, apparu récemment, a notamment revendiqué une attaque au couteau à Londres contre deux hommes juifs en avril et plusieurs attaques contre la communauté juive en Belgique et aux Pays-Bas.



