L'arme économique au cœur du conflit au Moyen-Orient
L'arme économique au cœur du conflit

Un enseignement majeur du conflit au Moyen-Orient est que les généraux doivent suivre d'urgence des stages intensifs de rattrapage en économie, tant celle-ci y joue un rôle clé. La lecture approfondie de Clausewitz et Sun Tzu est certes incontournable pour un chef d'état-major des armées, mais celle d'Adam Smith, de Keynes ou de Milton Friedman se révèle l'être tout autant. Savoir planifier des attaques et déjouer celles de l'ennemi est bien sûr essentiel, mais connaître sur le bout des doigts les flux commerciaux internationaux et les mécanismes monétaires est également indispensable. L'arme économique exige autant de précision qu'un missile balistique.

D'une certaine façon, la guerre en Iran se résume désormais à une guerre des prix. Jusqu'à quel niveau Donald Trump est-il prêt à laisser monter celui du gallon d'essence avant de caler et de se résoudre à conclure un piteux accord de paix avec Téhéran ? Lui qui, durant la campagne présidentielle, avait fustigé l'impuissance de l'administration Biden face à la crise inflationniste de 2022 voit ses chances de gagner les élections de mi-mandat sérieusement compromises par la poussée de l'indice des prix à la consommation aux États-Unis (3,3 % en mars, contre 2,4 % en février).

Dans l'autre camp, jusqu'à combien les prix du poulet et de la farine peuvent-ils grimper avant que les Iraniens, poussés par la faim, soient prêts à risquer leur vie en descendant de nouveau dans les rues pour renverser le régime ? Les gardiens de la révolution se montrent à l'évidence plus habiles pour protéger leur stock de drones et d'uranium enrichi que pour préserver la valeur de leur monnaie. Sur le marché noir, celle-ci est tombée à son plus bas niveau face au billet vert depuis l'avènement de la République islamique en 1979. Un dollar vaut 1,8 million de rials, alors que le taux de change officiel est de 285 000 rials. Aveu de cette déroute monétaire, la banque centrale d'Iran vient d'émettre un nouveau billet de 10 millions de rials, soit le double de la coupure la plus élevée qui circulait auparavant.

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125 000 rials le kilo de sucre

Conjuguée aux difficultés d'approvisionnement et aux pénuries de marchandises, cette dévaluation incontrôlée du rial qui renchérit le prix des biens importés provoque une envolée de l'inflation. Mesurée par les autorités à 67 %, elle serait en réalité proche du double. L'Association des sucreries d'Iran a annoncé le 29 avril que le prix du kilo de sucre était désormais fixé à 125 000 rials, contre 95 000 rials il y a un mois.

Dans l'histoire de l'humanité, inflation a très souvent rimé avec révolution. De l'ascension en Allemagne du parti nazi jusqu'aux Printemps arabes, en passant par l'effondrement de l'URSS et la chute de l'Empire romain, impossible de faire la liste de tous les bouleversements politiques ayant eu une flambée des prix comme origine. Sans oublier bien sûr la Révolution française, avec un setier de froment atteignant 50 livres en juillet 1789 sur le marché de Pontoise, contre 23 livres un an plus tôt.

Sanctions électorales et révoltes populaires

Il n'est pas de menace plus grande pour un pouvoir en place que l'inflation qui, plus encore que les hausses d'impôts ou la défense des libertés, réussit à transformer les mécontentements individuels en colère collective. Laquelle se traduit dans les pays démocratiques par des sanctions électorales, comme celles auxquelles Donald Trump s'expose. Et, dans les dictatures, par des révoltes populaires. Seule l'inflation est en mesure de terroriser un régime terroriste. Les dirigeants des gardiens de la révolution ont plus à craindre pour leur survie de la valse des étiquettes au Bazar de Téhéran que des bombardiers furtifs B-2 américains.

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