Iran-États-Unis : le bras de fer diplomatique et militaire s'intensifie
Iran-États-Unis : un bras de fer diplomatique et militaire

Tous ceux qui ont eu la chance, quand c'était encore possible – c'est-à-dire il y a longtemps – d'aller dans le bazar de Téhéran avec l'idée d'y acheter un de ces magnifiques tapis qui font la renommée de l'artisanat d'art iranien savent ce qu'il ne faut surtout jamais faire : montrer son intérêt pour celui qui vous a plu au premier coup d'œil.

Un art de la négociation hérité du bazar

En diplomatie, comme au bazar, les Iraniens pratiquent souvent avec succès l'art de trouver la faiblesse de celui avec lequel ils négocient. Ils l'ont largement démontré en marchandant interminablement et en faisant traîner pendant vingt mois, en 2015, les négociations avec l'équipe du président Obama qui avaient abouti à l'accord dit JCPOA pour « joint comprehensive plan of action », c'est-à-dire le texte qui limitait le développement du nucléaire iranien. Texte que d'ailleurs Trump s'était empressé de dénoncer dès son premier mandat, en 2018.

L'Iran a subi 40 jours de bombardements intensifs, dont les Américains pensaient qu'ils allaient abattre le régime. Surtout après que son état-major religieux a été décapité dès le premier jour des frappes. Pourtant, non seulement le pouvoir iranien a tenu, mais il s'est très probablement durci avec un commandement qui semble être de plus en plus aux mains des gardiens de la révolution.

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Impasse militaire… et politique

La population, même si elle est hostile au régime, ne peut quant à elle risquer un nouveau bain de sang comparable à celui du 8 janvier. Une situation permettant à la propagande du gouvernement de rester tout aussi agressive et déterminée à l'égard du « Grand Satan » et de ses suppôts.

D'autant que ceux qui tirent les ficelles à Téhéran ont bien compris où étaient les points faibles de l'imposante puissance militaire américaine.

D'abord, la quasi-impossibilité d'engager des troupes au sol. Même si c'est la seule façon de renverser la mollarchie. Déjà parce qu'il faudrait mobiliser des milliers d'hommes, bien au-delà de ceux qui sont en ce moment regroupés dans la région. Mais aussi parce que cette invasion impliquerait des pertes importantes. Une perspective impensable de nos jours pour un président américain. Sauf si son pays était directement menacé.

Ensuite, parce que le temps joue contre Trump. L'échéance des élections de mi-mandat se rapproche et la cote de popularité du président, de sa politique et de son parti, ne cesse de dégringoler. Et surtout il va devoir, dès le début mai, répondre à la loi qui le contraint, au bout de 60 jours, à demander l'accord du Congrès pour poursuivre son intervention militaire.

Des succès surévalués

Certes, il peut se féliciter, la semaine dernière encore, d'avoir repoussé la tentative des démocrates de faire voter un texte l'obligeant à interrompre ses actions contre l'Iran. Mais s'il doit ce succès aux républicains du Congrès, qui ont tenu bon, les mêmes souhaitent qu'un vrai débat ait lieu dont le résultat n'est pas assuré.

Ainsi Brian Mast, représentant républicain de Floride et président de la puissante commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants a-t-il carrément déclaré que « le vote pourrait avoir un résultat différent quand on arrivera à 60 jours ».

C'est une des raisons qui ont poussé Trump à abandonner la destruction systématique des objectifs militaires et des infrastructures civiles de son ennemi. D'abord, parce qu'elle ne menait à rien. Ensuite parce que, même s'il se vantait et se vante encore d'avoir anéanti les sites de missiles, la marine et les sites nucléaires de l'Iran, certains rapports récents du Pentagone montrent que ces succès ont été assez largement surévalués.

L'exploitation du pétrole menacée

Il a donc choisi le blocus du détroit d'Ormuz, c'est-à-dire l'étouffement progressif de l'activité économique iranienne. En privant ainsi le pays à la fois de ses bénéfices pétroliers, de toutes les ressources importées et des commissions juteuses qui les accompagnent, la marine américaine – car c'est elle qui semble avoir pesé dans la décision – peut espérer assécher le pays au point d'obliger ses dirigeants à revenir négocier dans des conditions plus conformes à celles que les Américains veulent imposer.

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Dans ce bras de fer, où chacun affirme qu'il a les cartes en main, les militaires américains ont calculé que si leur blocus est assez hermétique – mais il faut vraiment qu'il le soit, ce qui n'est pas avéré – les Iraniens, pour des raisons qui ont trait à l'exploitation du pétrole, ne peuvent sans doute pas tenir au-delà de quelques mois.

S'ils ne peuvent plus exporter le brut que les puits continuent à fournir quotidiennement, ils ont la capacité de le stocker dans les réserves dont ils disposent pour une période de temps limitée. Quelques semaines, pas plus. Au-delà, il leur faudrait interrompre l'exploitation. Ce qui, d'après les experts, a des conséquences techniques, financières et environnementales importantes. Et peut mettre en péril l'exploitation future de la principale ressource du pays.

Reprendre les combats, une fuite en avant

Les États-Unis connaissent bien le problème : en 2020, en raison de la baisse des cours du pétrole, plusieurs producteurs américains ont fait faillite. Leur exploitation a été arrêtée. Et les puits mal sécurisés, non seulement sont devenus inexploitables, mais ont entraîné des problèmes importants de pollution.

C'est donc un peu un combat d'échéances qui se joue maintenant entre Téhéran et Washington : celles de Trump avec les républicains du Congrès et l'opinion américaine avant les midterms. Celle des Iraniens avec l'étranglement de leur économie, les conséquences sur la population, même si elle n'a guère voix au chapitre et le risque de dégâts importants sur leurs exploitations pétrolières. À moins que l'un ou l'autre des protagonistes de ce bras de fer ne décide cette fuite en avant que constituerait la reprise des combats.