Irak : Ali Al Zaidi, un Premier ministre pourfendeur des profiteurs du système
Irak : Al Zaidi, un Premier ministre contre les profiteurs

Le 5 août 2026, Ali Al Zaidi a été nommé Premier ministre de l'Irak par le président Barham Salih, après des semaines de tractations politiques. Issu de la société civile et ancien ministre des Finances, Al Zaidi a bâti sa réputation sur sa lutte contre la corruption, un fléau qui gangrène le pays depuis des décennies. Sa nomination est perçue comme un tournant majeur, dans un pays où les postes gouvernementaux sont souvent attribués selon des critères ethniques et confessionnels.

Un parcours atypique dans un système verrouillé

Âgé de 52 ans, Ali Al Zaidi est un économiste de formation, diplômé de l'Université de Bagdad. Il a été ministre des Finances de 2020 à 2022, période durant laquelle il a tenté d'assainir les finances publiques en réduisant les dépenses inutiles et en augmentant la transparence. Son bilan a été salué par les organisations internationales, mais critiqué par les partis traditionnels qui y voyaient une menace pour leurs intérêts.

Sa nomination intervient après des mois de blocage politique, suite aux élections législatives d'octobre 2025. Le pays était plongé dans une crise politique profonde, les partis ne parvenant pas à s'accorder sur un candidat consensuel. La pression de la rue, notamment des jeunes et de la société civile, a finalement poussé les partis à se rallier à la candidature d'Al Zaidi, perçu comme un technocrate intègre.

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Un programme anti-corruption ambitieux

Dans son discours d'investiture, Al Zaidi a promis de « s'attaquer aux racines de la corruption qui ont appauvri le peuple irakien » et de « poursuivre tous ceux qui ont profité du système, quelle que soit leur position ». Il a annoncé la création d'une commission indépendante de lutte contre la corruption, dotée de pouvoirs élargis pour enquêter sur les hauts fonctionnaires et les hommes d'affaires liés aux partis.

Selon l'ONG Transparency International, l'Irak se classe au 157e rang sur 180 pays en matière de perception de la corruption, avec un score de 23 sur 100. La corruption a coûté au pays plus de 400 milliards de dollars depuis 2003, selon un rapport du Parlement irakien. Al Zaidi a déclaré vouloir « récupérer les fonds détournés et les investir dans les infrastructures et les services publics ».

Un défi de taille face aux milices et aux partis

Le nouveau Premier ministre devra toutefois composer avec un paysage politique fragmenté, où les partis chiites, sunnites et kurdes se partagent le pouvoir selon le système du « muhasasa » (répartition confessionnelle). Les milices armées, certaines proches de l'Iran, exercent une influence considérable sur l'économie, notamment via des sociétés écrans et des contrats publics.

« Ali Al Zaidi devra être très prudent, car il s'attaque à des intérêts puissants », a déclaré à Libération Ahmed Al-Shammari, professeur de sciences politiques à l'Université de Bagdad. « Mais sa popularité et le soutien de la rue lui donnent une légitimité que ses prédécesseurs n'ont pas eue. »

Des mesures immédiates attendues

Dès sa prise de fonction, Al Zaidi a signé plusieurs décrets, notamment la révocation de hauts responsables du ministère de l'Intérieur et la saisie de biens appartenant à des hommes d'affaires soupçonnés de détournement de fonds. Il a également ordonné l'audit de tous les contrats publics signés depuis 2020, une mesure qui pourrait révéler des scandales majeurs.

La population, elle, espère des changements concrets. Dans les rues de Bagdad, des manifestations de soutien ont éclaté, mais aussi des appels à l'action. « Nous avons entendu trop de promesses par le passé », confie Oum Ali, une enseignante de 45 ans. « Cette fois, nous voulons voir des résultats, des ministres corrompus en prison et des services publics qui fonctionnent. »

Une communauté internationale attentive

La communauté internationale suit de près cette transition. Les États-Unis, l'Union européenne et l'ONU ont salué la nomination d'Al Zaidi, y voyant une opportunité de stabiliser l'Irak et de réduire l'influence iranienne. Washington a promis une aide accrue pour soutenir les réformes, mais conditionnée à des progrès concrets dans la lutte contre la corruption.

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Pour Al Zaidi, l'enjeu est de taille : réussir là où ses prédécesseurs ont échoué, afin de redonner confiance aux citoyens et de sortir le pays de la crise économique et sociale. Son mandat sera scruté de près, et sa capacité à résister aux pressions politiques déterminera l'avenir de l'Irak.