Près de 1,2 million de demandes de régularisation ont été déposées en Espagne entre la mi-avril et le 30 juin 2026, selon les chiffres communiqués par le ministère de l'Intérieur espagnol. Ce nombre record, qui dépasse largement les prévisions initiales, correspond à la procédure exceptionnelle ouverte par le gouvernement de Pedro Sánchez pour régulariser les étrangers en situation irrégulière présents sur le territoire avant le 1er novembre 2021.
Un afflux massif de dossiers
Le ministère de l'Intérieur a indiqué que 1 198 000 demandes ont été enregistrées, soit près de quatre fois plus que les 300 000 escomptées par les autorités. Ce chiffre inclut les demandes principales ainsi que celles des membres de la famille des requérants. Selon le gouvernement, cette procédure vise à "garantir les droits fondamentaux des personnes migrantes et à lutter contre l'économie souterraine".
Les associations de défense des migrants, comme la Commission espagnole d'aide aux réfugiés (CEAR), ont salué l'initiative mais dénoncent un manque de moyens pour traiter un tel volume de dossiers. "Le gouvernement doit maintenant allouer des ressources suffisantes pour que ces demandes soient traitées rapidement, sous peine de créer une nouvelle situation de vulnérabilité", a déclaré un porte-parole de CEAR.
Profil des demandeurs et enjeux
Parmi les demandeurs, une majorité provient d'Amérique latine, notamment du Venezuela, de Colombie et du Honduras. On compte également des ressortissants du Maroc et d'Afrique subsaharienne. La procédure concerne les personnes pouvant justifier d'une présence continue en Espagne depuis au moins deux ans, ainsi que d'un contrat de travail ou d'une offre d'emploi.
Le gouvernement espagnol s'est engagé à traiter l'ensemble des dossiers dans un délai de six mois. Pour ce faire, le ministère de l'Intérieur a annoncé le recrutement de 500 agents supplémentaires et la mise en place d'une plateforme numérique dédiée. Cependant, les syndicats de la fonction publique estiment que ces mesures restent insuffisantes face à l'ampleur de la tâche.
Impact politique et social
Cette vague de régularisation intervient dans un contexte politique tendu, alors que l'Espagne se prépare à des élections régionales en 2027. Le Parti populaire (PP) et Vox ont vivement critiqué la mesure, qu'ils jugent "irresponsable" et susceptible d'encourager l'immigration clandestine. À l'inverse, les partis de gauche et les organisations pro-migrants estiment que cette régularisation est une étape nécessaire pour intégrer les travailleurs étrangers qui contribuent déjà à l'économie espagnole.
Selon une étude du Real Instituto Elcano, les migrants en situation irrégulière représentent environ 4 % de la population active en Espagne, principalement dans les secteurs de l'agriculture, de la construction et des services domestiques. Leur régularisation pourrait rapporter jusqu'à 1,5 milliard d'euros de cotisations sociales supplémentaires par an, selon les estimations du gouvernement.
Comparaison avec les précédentes régularisations
Il s'agit de la plus grande opération de régularisation jamais menée en Espagne, dépassant largement celle de 2005, qui avait concerné environ 700 000 personnes. À l'époque, le gouvernement socialiste de José Luis Rodríguez Zapatero avait déjà suscité une vive polémique. Aujourd'hui, l'Espagne fait face à des défis démographiques : avec un taux de natalité parmi les plus bas d'Europe, le pays a besoin d'une main-d'œuvre immigrée pour soutenir son système de retraites.
Prochaines étapes
Les autorités espagnoles ont jusqu'au 31 décembre 2026 pour statuer sur chaque demande. En cas de refus, les requérants disposeront d'un recours gracieux, puis d'un recours contentieux devant les tribunaux. Les associations redoutent que de nombreux dossiers soient rejetés faute de preuves suffisantes, notamment pour les travailleurs précaires ou les personnes sans contrat de travail.
Le gouvernement a également annoncé un renforcement des contrôles aux frontières et des mesures de lutte contre l'immigration irrégulière, afin de répondre aux critiques de l'opposition. La ministre de l'Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, Elma Saiz, a précisé que "cette régularisation est une mesure exceptionnelle et non une invitation à l'immigration clandestine".



