Une initiative pour limiter la population suisse
Les citoyens suisses, qui exercent la démocratie directe, se rendront aux urnes le 14 juin pour se prononcer sur une initiative populaire intitulée « Pas de Suisse à 10 millions ! (initiative pour la durabilité) ». Cette proposition vise à plafonner la population du pays à 10 millions d'habitants avant 2050. En novembre 2025, la Suisse comptait 9,1 millions d'habitants, dont 2,5 millions d'étrangers résidents. Depuis l'introduction de la libre circulation des personnes entre la Suisse et l'Union européenne en 2002, la population suisse a augmenté d'environ 1,7 million d'habitants, principalement en raison de l'immigration. 20 Minutes fait le point sur cette proposition.
Quel est le contenu de cette initiative ?
L'initiative prévoit que si la population résidente permanente dépasse 9,5 millions d'habitants avant 2050, le gouvernement et le Parlement devront prendre des mesures, notamment dans les domaines du droit d'asile et du regroupement familial. Le gouvernement devrait également négocier des clauses d'exception ou de sauvegarde dans les accords internationaux considérés comme contribuant à la croissance démographique. Si, malgré ces mesures, le seuil de 10 millions d'habitants était franchi avant 2050, la Suisse devrait dénoncer, dans un délai de deux ans, les accords concernés, notamment l'accord conclu avec l'Union européenne sur la libre circulation des personnes.
Qui soutient l'initiative ?
Le texte est porté par l'Union démocratique du centre (UDC), premier parti du pays, connu pour son opposition à l'immigration et au rapprochement avec l'UE. Selon les partisans du « oui », « l'immigration incontrôlée entraîne une croissance beaucoup trop rapide de la Suisse » et ses conséquences négatives se font sentir dans tous les domaines de la vie quotidienne.
Qui s'y oppose ?
Le gouvernement fédéral, composé de sept membres issus des quatre principaux partis du pays, dont l'UDC, s'y oppose collectivement. Il estime que l'initiative créerait de l'incertitude, menacerait la stabilité du pays, nuirait à l'économie ainsi qu'à la prospérité et à la sécurité intérieure de la Suisse. Le Parlement recommande également son rejet, les deux chambres ayant dégagé de nettes majorités contre le texte. Les autres principaux partis représentés au Parlement appellent également à voter « non ». La Fédération syndicale suisse, l'Association suisse des employeurs (SAV) et l'organisation patronale economiesuisse s'opposent aussi à l'initiative. Selon le camp du « non », la proposition « ne créera aucun logement supplémentaire et ne luttera pas contre l'immigration illégale ». « Elle ne résout aucun problème mais en crée de nouveaux » et priverait l'économie suisse d'une main-d'œuvre dont elle a un besoin urgent. Au fil de la campagne, le « non » a gagné du terrain.
Quelles sont les conditions d'une adoption ?
Comme toute modification constitutionnelle en Suisse, l'initiative doit obtenir une double majorité : la majorité des suffrages au niveau national et la majorité des cantons, soit 20 cantons et 6 demi-cantons.



