Un projet pour booster le rail transfrontalier
La Commission européenne a dévoilé ce mercredi un projet ambitieux visant à simplifier les voyages en train à travers l'Union. L'objectif est de contraindre les compagnies ferroviaires nationales à proposer sur leurs sites les offres de leurs concurrents pour les trajets internationaux. Cette mesure, vivement contestée par les opérateurs historiques, permettrait aux passagers de comparer les prix et d'acheter un billet unique pour leurs voyages transfrontaliers.
La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a déclaré sur les réseaux sociaux : "De Berlin à Barcelone en train. Aujourd'hui, les trajets transnationaux impliquent plusieurs réservations et des risques si vous manquez une correspondance. Changeons cela. Avec un seul billet et tous vos droits de passager garantis tout au long de votre voyage."
Une opposition ferme des compagnies nationales
La proposition, qui sera soumise aux États membres et au Parlement européen, risque de se heurter à une opposition farouche. La "Communauté européenne du rail" (CER), un lobby d'exploitants, dénonce une "ingérence sans précédent". Alberto Mazzola, responsable du CER, a souligné : "Je ne connais aucun cas où quelqu'un est obligé de vendre le produit d'un concurrent. Imaginez Lufthansa contrainte de vendre des billets Ryanair."
Un serpent de mer européen
La simplification des réservations de train est un serpent de mer dans l'Union, confrontée au morcellement du réseau en 27 systèmes nationaux. Actuellement, les billets sont principalement vendus par les exploitants nationaux, ce qui rend les voyages compliqués et coûteux. Selon Eurostat, près de 400 millions de passagers ont voyagé en avion au sein de l'UE en 2024, contre environ 150 millions en train pour des trajets transfrontaliers.
Vivien Costanzo, eurodéputée allemande sociale-démocrate, a insisté : "Un système ferroviaire européen a besoin de réservations simples, de correspondances fiables et de droits clairs pour les passagers. Ce n'est qu'à ces conditions que le train deviendra une véritable alternative" à l'avion court-courrier.
Une avancée bienvenue pour certains
Bruxelles voudrait obliger les opérateurs ferroviaires à rendre leurs billets disponibles sur des plates-formes de réservation en ligne comme Trainline, si elles le demandent. Catriona Meehan, du site Omio, salue une "avancée bienvenue" face à la "fragmentation" actuelle. La nouvelle loi imposerait aux compagnies détenant au moins 50 % de part de marché dans un pays d'ouvrir leur billetterie en ligne à tout opérateur ferroviaire qui le réclame.
Le commissaire européen aux Transports, Apóstolos Tzitzikóstas, affirme que la proposition permettrait une hausse de 5 % du nombre de passagers en train. L'exécutif veut aussi mettre à jour les droits des usagers en cas de correspondance manquée, d'indemnisation ou de flexibilité pour monter dans le train suivant.
Des réservations chronophages
Une enquête YouGov de 2025 pour l'ONG Transport et environnement (T&E) montre que près de deux personnes sur trois renoncent à un voyage en raison de la complexité du processus de réservation. Réserver un trajet en train prend en moyenne 70 % de temps en plus que la réservation d'un vol. Jan-Christoph Oetjen, eurodéputé centriste, estime qu'"avec plus de concurrence dans le rail, les passagers bénéficieront de meilleurs services et de prix plus bas."
Un contexte favorable
Cette initiative intervient alors que la guerre au Moyen-Orient a fait flamber les prix du kérosène et fait redouter des difficultés d'approvisionnement pour le secteur aérien en pleine saison touristique. Victor Thévenet, de T&E, croit que cela pourrait offrir aux exploitants ferroviaires "l'opportunité" de "changer le récit" autour des voyages internationaux en train et d'investir dans l'amélioration des services.
Le rail ne représentait que 0,3 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports en Europe en 2022, contre près de 12 % pour l'aviation civile. Mais entre 1990 et 2021, le réseau ferroviaire de l'UE a rétréci de plus de 12 000 km, déploraient les eurodéputés en 2024.



