Si l'Amérique s'en va : quel rôle pour l'Europe ? Dialogue Godelier-Védrine
Si l'Amérique s'en va : dialogue Godelier-Védrine

Dans un contexte de tensions internationales croissantes, la question du rôle de l'Europe en l'absence d'un leadership américain se pose avec acuité. Pour y réfléchir, Le Monde a réuni l'anthropologue Maurice Godelier et le diplomate Hubert Védrine, deux figures majeures de la pensée stratégique française.

Un constat partagé : la fin de l'hégémonie américaine

Les deux intellectuels s'accordent sur un point : le monde unipolaire dominé par les États-Unis touche à sa fin. Maurice Godelier souligne que « l'Amérique n'a plus les moyens ni la volonté d'assurer seule la sécurité du monde libre ». Hubert Védrine abonde, rappelant que « depuis le début du XXIe siècle, les administrations américaines successives ont montré un désengagement progressif, de l'Irak à l'Afghanistan ».

Les conséquences pour l'Europe

Pour Hubert Védrine, l'Europe doit « sortir de sa dépendance militaire et stratégique » vis-à-vis des États-Unis. Il appelle à une « défense européenne autonome, capable de protéger ses frontières et ses intérêts ». Maurice Godelier insiste sur la nécessité de « repenser les alliances » et de « construire une véritable souveraineté européenne », non seulement en matière de défense, mais aussi sur les plans économique et technologique.

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Les obstacles à surmonter

Les deux hommes identifient plusieurs freins :

  • Les divergences entre États membres sur la vision de l'Europe.
  • La faiblesse des budgets de défense européens.
  • La dépendance énergétique et technologique.
  • L'absence d'une diplomatie commune forte.

Hubert Védrine note que « l'Europe est un géant économique mais un nain politique et militaire ». Il plaide pour « une Europe puissance, capable de peser dans les négociations internationales ».

Quel avenir pour le partenariat transatlantique ?

Maurice Godelier estime que « l'Europe ne doit pas chercher à remplacer les États-Unis, mais à devenir un partenaire équilibré ». Il envisage un « multilatéralisme rénové » où l'Europe jouerait un rôle central aux côtés d'autres grandes puissances comme la Chine et l'Inde. Hubert Védrine, plus pragmatique, préconise « une relation transatlantique mature, où l'Europe assume ses responsabilités sans être inféodée ».

Les priorités pour l'Europe

Les deux intellectuels listent les chantiers urgents :

  1. Renforcer la défense européenne avec une armée commune crédible.
  2. Développer une autonomie stratégique dans les domaines de l'énergie, du numérique et de la santé.
  3. Mener une diplomatie active, notamment au Moyen-Orient et en Afrique.
  4. Construire une souveraineté économique face aux géants américains et chinois.

Pour Maurice Godelier, « l'Europe doit aussi se réinventer culturellement et politiquement, en affirmant ses valeurs démocratiques et sociales ». Hubert Védrine conclut : « L'heure est à l'audace et à la volonté politique. Si l'Europe ne se prend pas en main, d'autres décideront pour elle. »

Ce dialogue, riche en perspectives, invite à une réflexion profonde sur l'avenir du continent. Alors que les États-Unis semblent se tourner vers l'Asie, l'Europe doit trouver sa place dans un monde multipolaire. Un défi existentiel qui appelle une réponse collective et déterminée.

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