La chute de Bachar al-Assad en décembre 2024 n'aura finalement pas mis un terme à la présence militaire russe en Syrie. Plus d'un an après le renversement de son allié historique, la Russie multiplie les signaux indiquant sa volonté de préserver ses positions stratégiques dans le pays, quitte à composer avec les nouvelles autorités issues de l'ancienne rébellion.
Des discussions actives entre Moscou et Damas
Dernier indice en date : le ministère russe des Affaires étrangères a affirmé, mercredi 10 juin, que la coopération entre Moscou et Damas se développait "très activement". Sa porte-parole, Maria Zakharova, a également indiqué que la question de la présence militaire russe faisait l'objet de discussions avec les autorités syriennes, notamment dans le cadre d'une "éventuelle réorganisation" des installations militaires russes.
Ces déclarations interviennent quelques jours après les révélations du Wall Street Journal, le 1er juin, sur une opération logistique menée par Moscou pour ravitailler sa base aérienne de Hmeimim, près de Lattaquié. Selon le quotidien américain, qui s'appuie sur des images satellites et des responsables américains, le cargo Sparta a quitté Saint-Pétersbourg en mars avant d'atteindre le port syrien de Tartous en mai. Escorté durant une grande partie du trajet par des navires de la marine russe, le bâtiment transportait du matériel destiné à la base aérienne russe.
Pour le Wall Street Journal, il s'agit de la première mission de ravitaillement de ce type depuis la chute du régime Assad. Une opération qui témoigne de la volonté du Kremlin de maintenir sa présence militaire dans un pays où son avenir paraissait pourtant incertain après le changement de régime.
Deux bases stratégiques pour Moscou
La conservation des deux principales installations russes en Syrie est devenue un enjeu majeur pour Moscou. La base navale de Tartous constitue en effet le seul point d'appui russe en Méditerranée pour la réparation et le ravitaillement de ses navires. Quant à la base aérienne de Hmeimim, elle joue un rôle central dans les activités militaires russes vers l'Afrique.
Après la chute d'Assad, la Russie semblait pourtant en position de faiblesse. Depuis 2015, elle avait utilisé la base de Hmeimim pour soutenir militairement le régime syrien dans la guerre civile, notamment à travers une campagne de bombardements contre ses adversaires. Le nouveau pouvoir syrien est quant à lui issu des rangs de l'opposition armée qui combattait à la fois Assad et ses soutiens russes.
Moscou a d'ailleurs réduit sa présence après le renversement du régime. Une partie des forces russes a quitté le pays et la marine s'est retirée de Tartous en 2025. Mais la Russie n'a jamais abandonné ses deux bases stratégiques. Dès les premiers mois du nouveau pouvoir, des négociations se sont ouvertes avec le président syrien Ahmed al-Charaa, ancien chef rebelle devenu l'homme fort du pays.
Un dialogue pragmatique entre anciens ennemis
Depuis son arrivée à la tête de la Syrie, ce dernier cherche à obtenir une reconnaissance internationale de son gouvernement. Dans cette optique, il a entretenu le dialogue aussi bien avec les capitales occidentales qu'avec Moscou, rappelle le Wall Street Journal. Cette ouverture a permis aux deux pays de préserver des canaux de coopération malgré leurs antagonismes passés.
Les intérêts des deux parties continuent en effet de converger sur plusieurs dossiers sécuritaires. La Russie accueille aujourd'hui sur son territoire Bachar al-Assad, des membres de sa famille et de nombreux anciens responsables du régime. De son côté, la Syrie demeure confrontée à la présence de combattants originaires du Caucase et d'autres régions de l'ex-espace soviétique venus rejoindre différents groupes armés au Moyen-Orient au cours des dernières décennies.
Cette relation s'inscrit également dans une histoire plus ancienne. Moscou soutient Damas depuis le début de la guerre froide et avait reconnu l'indépendance syrienne dès 1944. Pendant des décennies, la Syrie a été perçue par les puissances occidentales comme l'un des principaux alliés soviétiques au Moyen-Orient. Alors que les États-Unis ont entamé cette année leur retrait de leurs bases syriennes, mettant fin à plus d'une décennie de présence militaire dans le pays, la Russie semble suivre la trajectoire inverse.



