Le détroit de Bab el-Mandeb, situé entre le Yémen et la Corne de l'Afrique, est un passage obligé pour environ 7% du pétrole mondial et 4,8 millions de barils par jour. Les rebelles houthis, qui contrôlent une partie du littoral yéménite, ont menacé de bloquer cette voie maritime stratégique en représailles aux frappes aériennes de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite. Un tel scénario, qualifié de cauchemardesque par les économistes, pourrait provoquer une onde de choc sur l'économie mondiale, déjà fragilisée par les tensions géopolitiques.
Une artère vitale du commerce mondial
Bab el-Mandeb relie la mer Rouge au golfe d'Aden et à l'océan Indien. Chaque année, des milliers de navires transportant du pétrole, du gaz naturel liquéfié et des marchandises transitent par ce détroit large de seulement 29 kilomètres. Selon les données de l'Agence internationale de l'énergie, environ 6,2 millions de barils de pétrole brut et de produits raffinés traversaient le détroit en 2019. Le blocus perturberait également le passage vers le canal de Suez, une autre artère essentielle.
Les conséquences économiques immédiates
Un blocus ferait exploser les prix du pétrole, qui pourraient dépasser les 100 dollars le baril selon les analystes. Les compagnies maritimes devraient emprunter la route du cap de Bonne-Espérance, allongeant les trajets de 10 à 15 jours et augmentant les coûts de transport de 30% à 50%. Les assurances des navires doubleraient, et les pays dépendants des importations de pétrole, comme l'Inde ou le Japon, subiraient de graves pénuries. « Le monde n'est pas préparé à une telle perturbation », avertit un expert en sécurité maritime interrogé par L'Express.
Un scénario déjà envisagé par les Houthis
Les rebelles houthis, soutenus par l'Iran, ont déjà menacé de miner les eaux du détroit ou d'attaquer les navires avec des missiles. En 2018, ils avaient lancé des attaques contre des pétroliers saoudiens dans la mer Rouge. « Nous avons les capacités de bloquer le détroit », avait déclaré un responsable houthi. La marine américaine et ses alliés patrouillent dans la zone, mais une escalade pourrait rendre la route impraticable.
Impact sur les chaînes d'approvisionnement
Au-delà du pétrole, le blocus affecterait le transport de marchandises conteneurisées. Les ports européens, asiatiques et africains verraient leurs approvisionnements retardés. Selon l'Union internationale des transports routiers, environ 30% du trafic maritime mondial passe par cette voie. Les produits de première nécessité, comme les céréales ou les médicaments, seraient touchés, aggravant les crises humanitaires au Yémen et en Afrique de l'Est.
Alternatives et réponses internationales
Les navires pourraient contourner l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance, mais cela augmenterait leurs émissions de CO2. Certains pays envisagent de renforcer leurs capacités de stockage de pétrole. L'Union européenne étudie des mécanismes de solidarité pour répartir les approvisionnements. « Chaque jour de blocus coûterait des milliards de dollars à l'économie mondiale », estime un rapport du FMI. Les appels à une désescalade se multiplient, mais la situation reste explosive.



