Alors que la Coupe du Monde de football, coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, s'ouvre jeudi, et que les festivités du 80e anniversaire de Donald Trump ainsi que du 250e anniversaire de l'indépendance américaine approchent, le triomphe impérial dont rêve le 47e président des États-Unis semble s'éloigner. L'empereur est empêtré.
Un accès de colère révélateur
Donald Trump s'est fâché tout rouge. « Soit vous êtes malhonnête, soit vous êtes stupide », a-t-il lancé à Kristen Welker de la chaîne NBC qui l'interviewait, le 5 juin, dans le hangar d'une ferme du Wisconsin. Le motif de son courroux ? La journaliste américaine avait osé contester ses sempiternelles accusations de tricherie proférées contre les candidats démocrates aux primaires de Californie. « Vous savez que ces élections sont truquées. Votre chaîne le sait aussi », s'est étranglé Trump. Puis il s'est levé et a planté là son interlocutrice : « Merci chérie. Amusez-vous bien. »
À l'évidence, cet accès de colère contre un grand network qui ose questionner ses fake news est un symptôme de la frustration ressentie par le président. Alors que débutent la Coupe du Monde et les célébrations, la perspective d'un triomphe impérial s'évanouit. Ses invités VIP fuient la rencontre de MMA organisée pour sa birthday party dans une gigantesque enceinte installée sur les pelouses de la Maison-Blanche. Et le grand concert kitsch prévu le jour de la Fête de l'Indépendance a été annulé : les stars sur le retour qu'il avait choisies ont préféré décliner.
Piégé par le conflit iranien
Rien ne va plus depuis que le héraut de « l'Amérique d'abord » s'est piégé lui-même dans un affrontement avec l'Iran dont il ne parvient pas à s'extirper. Lui qui avait promis de ne plus engager la première puissance militaire mondiale dans des conflits lointains, inutiles et ruineux a déjà dépensé plus de 30 milliards de dollars dans la campagne persique sans parvenir à renverser le régime inique des mollahs, ni anéantir l'arsenal iranien ni obtenir qu'il abandonne ses prétentions à la bombe nucléaire.
Un désastre. Car la base MAGA vit très mal le retour des « guerres éternelles ». Les influenceurs nationaux-populistes se détournent de leur mentor. Au Congrès le 3 juin, des représentants républicains ont joint leurs voix à celles des démocrates pour adopter une résolution visant à l'empêcher de poursuivre les hostilités en Iran. Une motion certes symbolique – le texte ne devrait pas être adopté au Sénat – mais qui démontre que l'autorité de Trump est bel et bien contestée dans son propre camp.
Les midterms en ligne de mire
« Les “midterms”, je m'en fous », balaie Trump. Mais à cinq mois des élections cruciales de mi-mandat, en novembre, sa cote sondagière plonge (seulement 38 % de satisfaction). Les élus du Grand Old Party s'alignent sur les préoccupations de leurs électeurs qui ne digèrent pas la hausse des prix des carburants consécutive au blocage du détroit d'Ormuz. Trump, qui s'était engagé à restaurer le pouvoir d'achat, se voit reprocher d'avoir relancé l'inflation. Deux ans seulement après sa victoire à la présidentielle, le voilà bel et bien menacé de perdre la majorité au Congrès et de devenir un lame duck, un « canard boiteux », un président impuissant.
Poussé à bout par l'Iran et Israël
En attendant, les dirigeants iraniens le poussent à bout. Ils conditionnent la négociation d'un accord de paix à la cessation des opérations militaires israéliennes contre le Hezbollah, milice pro-iranienne basée au Liban. Objectif : obtenir que Trump agisse dans ce sens sur Benyamin Netanyahou. « Tu es un putain de cinglé », a déjà tonné le président américain lors d'une conversation téléphonique avec le Premier ministre israélien rendue publique par la Maison-Blanche. Mais Netanyahou n'a pas obtempéré. Le 7 juin, les forces iraniennes ont joué l'escalade en expédiant une salve de missiles en direction d'Israël qui a aussitôt répliqué. Sous pression, Trump jure qu'il est « dans les derniers efforts » pour obtenir la paix… Mais à quel prix ?
Un roi nu
Au MetLife Stadium de New York le 19 juillet prochain, le président a bien prévu de remettre la Coupe du Monde aux vainqueurs devant 1,5 milliard de téléspectateurs. Il pavoisera comme à son habitude. Mais qui sera dupe ? Le 8 juin, alors qu'il assistait à la finale de basket NBA au Madison Square Garden de New York, Trump a été hué par la foule. Le roi est nu.



