CIA: visite secrète de John Ratcliffe à Moscou confirmée
CIA: visite secrète de John Ratcliffe à Moscou confirmée

Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, a effectué une visite à Moscou cette semaine, confirmée par le Kremlin et par le président américain Donald Trump. L'arrivée d'un Boeing C-17A Globemaster III de l'armée de l'air américaine à l'aéroport de Vnukovo a été filmée par un Russe, qui a lancé avec humour : « Nous sommes attaqués ». Les médias américains CBS et Axios ont rapidement annoncé qu'il s'agissait de la visite du chef de la CIA.

Une visite « de demi-routine » selon Donald Trump

Mercredi, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a admis qu'il y avait eu un échange « entre services secrets », niant tout contact avec le président russe. Dans l'après-midi, Donald Trump a réagi en assurant qu'il s'agissait d'une visite « de demi-routine ». Il a réitéré son désir « que la guerre en Ukraine s'arrête », précisant que ce déplacement n'était pas lié à des menaces russes contre l'Otan ou à la guerre en Iran, deux spéculations populaires.

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement et auteur de Grand angle sur l'espionnage russe (UPPR Editions), confirme que « les directeurs généraux des services effectuent tous les ans des visites à leurs homologues ». Il ajoute que « ce sont des visites classiques avec des pays avec lesquels on n'est pas en crise. » Or, les relations russo-américaines se sont particulièrement refroidies depuis l'invasion russe de l'Ukraine.

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Un précédent en novembre 2021

La dernière visite de ce type remonte à novembre 2021, avant l'assaut des troupes russes en Ukraine. William Burns, alors à la tête de la CIA, s'était rendu à Moscou dans un contexte international explosif. Selon la chaîne américaine CNN, il avait été envoyé auprès des membres du gouvernement russe pour « mettre en garde » Vladimir Poutine contre une offensive. En vain.

Le républicain s'est interdit d'expliciter les raisons du rendez-vous, tout comme le Kremlin. « Quelque chose d'important et de semi-officiel se passe, c'est certain », souligne Alain Rodier. Important, car les services secrets disposent de lignes sécurisées, permettant d'échanger sans se déplacer en personne. Et semi-officiel, car les États-Unis et la Russie conservent des liens diplomatiques, malgré les tensions. L'ambassade des États-Unis reste ouverte à Moscou, tout comme l'ambassade de Russie à Washington D.C.

La diplomatie parallèle et ses avantages

Faire passer un message par le directeur de la CIA plutôt que l'ambassadeur permet d'éviter les canaux officiels, une pratique appelée « la diplomatie parallèle ». Selon Alain Rodier, elle « permet de garder le contact avec ceux que l'on considère comme infréquentables publiquement, notamment pour continuer à identifier les bons interlocuteurs lorsqu'elles redeviendront publiquement fréquentables ». Son autre avantage réside dans sa discrétion : « Si rien n'en sort, personne ne perd la face. »

Contrairement à une visite diplomatique, la visite d'un chef de renseignement n'est généralement pas suivie d'un communiqué commun ou d'adresses aux médias. Après l'invasion de l'Ukraine, la visite diplomatique d'Emmanuel Macron quelques semaines plus tôt avait été particulièrement critiquée, soupçonné d'avoir « péché par naïveté » par Public Sénat ou d'avoir été « roulé dans la farine » par Jean-Luc Mélenchon.

Pour le président américain, « quelque chose sortira peut-être » de cette visite, selon l'expert. Et si rien n'en sort, le prix à payer ne sera pas si astronomique, alors que toutes ses tentatives (notamment l'invitation en grande pompe de Vladimir Poutine en Alaska il y a un an) sont jusque-là restées vaines. « En interne, cela permet de garder un parapluie, voire un parachute. Si ce n'est pas officiel, on ne peut le reprocher à Donald Trump », synthétise Alain Rodier, un avantage certain à quelques mois des élections de mi-mandat aux États-Unis.

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Le contenu de la réunion et son timing gardent tout leur mystère. La raison pour laquelle ce haut responsable américain s'est rendu de la base militaire d'Andrews aux États-Unis en Lettonie (pays de l'Otan) puis de Lettonie en Russie reste opaque. Certains observateurs s'inquiètent d'une mobilisation massive de centaines de milliers de personnes en Russie, afin d'ouvrir un nouveau front en Ukraine. John Ratcliffe pourrait alors avoir été envoyé dans l'espoir d'endiguer cette nouvelle escalade. « Si ça s'éteint complètement, c'est que ça aura été un échec. S'il en sort quelque chose, ça sera officialisé ensuite d'une manière diplomatique », souligne Alain Rodier. Mais après des années d'impasses diplomatiques, la probabilité de briser la glace moscovite semble proche de zéro.