Le déploiement massif du QR code dans la vie quotidienne, notamment pour accéder à des services ou à des lieux, est dénoncé par une tribune publiée dans Le Point. Les auteurs, dont des juristes et des militants des droits numériques, y voient une « triste dérive » liberticide qui menace les libertés individuelles.
Un outil devenu incontournable
Utilisé initialement pour le paiement mobile ou le suivi de colis, le QR code s'est imposé dans de nombreux secteurs : restauration, transport, culture, santé. Selon la tribune, « plus de 80 % des Français ont déjà utilisé un QR code au cours des six derniers mois », principalement pour des démarches administratives ou des accès à des événements. Cette généralisation, bien que pratique, soulève des questions éthiques et juridiques.
Les signataires pointent du doigt l'absence de cadre légal clair. « Aucune loi ne définit les conditions d'utilisation des QR codes, ni les garanties minimales de protection des données », affirment-ils. Or, chaque scan peut transmettre des informations personnelles (localisation, horaire, identifiant de l'appareil) à des entreprises privées ou à des administrations, sans consentement éclairé de l'utilisateur.
Des risques pour la vie privée
La tribune met en garde contre la « banalisation de la surveillance » : « Le QR code transforme chaque citoyen en point de données traçable. » Elle cite l'exemple des QR codes dans les restaurants, qui permettent de consulter le menu mais aussi de collecter des habitudes de consommation. « Ces données peuvent être revendues à des tiers ou utilisées à des fins de profilage », alertent les auteurs.
Selon une étude de la CNIL citée dans la tribune, « 67 % des QR codes déployés en France ne respectent pas les obligations du Règlement général sur la protection des données (RGPD) ». Les manquements les plus courants sont l'absence d'information sur la collecte, le défaut de consentement et le non-respect du droit à l'effacement.
Un appel à la régulation
Face à cette situation, les signataires appellent les pouvoirs publics à « encadrer strictement l'usage du QR code » par une loi spécifique. Ils proposent plusieurs mesures : interdiction de la collecte de données sans consentement explicite, obligation de fournir une alternative non numérique, et création d'un label « QR code éthique » pour les applications respectueuses de la vie privée.
« Il ne s'agit pas de diaboliser la technologie, mais de garantir qu'elle reste au service de l'humain et non l'inverse », conclut la tribune. Alors que le gouvernement prépare un projet de loi sur la sécurité numérique, les associations espèrent que ces alertes seront entendues.



