Un collectif de journalistes, d'universitaires et de personnalités publiques a publié une tribune dans Le Monde le 17 juillet 2026, appelant à nommer et dénoncer la « culture du viol ». Ce concept, emprunté au féminisme anglo-saxon, désigne un ensemble de représentations, de discours et de pratiques sociales qui normalisent, banalisent ou excusent les violences sexuelles. Les signataires estiment que la reconnaissance de cette réalité est une étape indispensable pour lutter efficacement contre les agressions.
Un concept encore tabou en France
Si la notion de « culture du viol » est largement utilisée dans les pays anglo-saxons, elle reste controversée en France. Certains intellectuels et responsables politiques la jugent excessive ou essentialiste. Pourtant, les chiffres parlent d'eux-mêmes : selon l'Observatoire national des violences faites aux femmes, 94 % des victimes de viols et de tentatives de viol sont des femmes, et 90 % des auteurs sont des hommes. « Il ne s'agit pas de dire que tous les hommes sont des violeurs, mais de comprendre comment notre société produit des conditions qui rendent ces violences possibles et les minimisent », explique la sociologue Marie-Laure Déroff, l'une des signataires.
Des exemples concrets de banalisation
La tribune énumère plusieurs manifestations de cette culture : les blagues sexistes, la pornographie dominante qui érotise la domination masculine, la couverture médiatique des affaires de viol qui met souvent l'accent sur la vie privée de la victime plutôt que sur la responsabilité de l'agresseur, ou encore les décisions de justice qui minimisent les violences. « Quand une cour d'appel requalifie un viol en agression sexuelle parce que la victime n'a pas suffisamment résisté, c'est un exemple typique de culture du viol », souligne l'avocate Sarah Benichou.
Un appel à l'action
Les signataires ne se contentent pas de décrire le problème. Ils proposent des pistes d'action : éducation à l'égalité dès le plus jeune âge, formation des professionnels (police, justice, médecine) à la prise en charge des victimes, réforme des programmes scolaires pour y inclure une éducation sexuelle non sexiste, et enfin, une meilleure représentation des femmes dans les médias et la culture populaire. « Parler de culture du viol, ce n'est pas accuser les hommes, c'est les inviter à être des alliés dans ce combat », insiste la journaliste Léa Salamé, également signataire.
Une réaction politique mitigée
La tribune a suscité des réactions contrastées. La ministre déléguée à l'Égalité entre les femmes et les hommes, Élisabeth Moreno, a salué une « initiative nécessaire pour lever le voile sur des mécanismes invisibles ». En revanche, certains élus de droite et d'extrême droite ont dénoncé une « dérive victimaire » et une « vision essentialiste des rapports hommes-femmes ». Le député RN Julien Odoul a qualifié le concept de « novlangue importée des campus américains ». Les signataires répondent que ces critiques montrent précisément la nécessité de ce débat.
Un mouvement mondial
Cette initiative s'inscrit dans un mouvement plus large, porté par le hashtag #MeToo et les mobilisations féministes récentes. En Amérique latine, le mouvement #NiUnaMenos a imposé le concept de « culture du viol » dans le débat public. En Espagne, la loi « solo sí es sí » (seul un oui est un oui) s'inspire directement de cette analyse. En France, le Grenelle des violences conjugales de 2019 avait déjà permis des avancées, mais les signataires estiment qu'il reste beaucoup à faire, notamment dans la formation des magistrats et des policiers.
Un appel à la responsabilité individuelle et collective
Au-delà des mesures institutionnelles, la tribune insiste sur la responsabilité de chacun. « Nous avons tous un rôle à jouer, que ce soit en ne riant pas d'une blague sexiste, en soutenant une amie qui témoigne, ou en remettant en question nos propres comportements », écrivent les signataires. Ils appellent à une prise de conscience collective pour que la honte change de camp : « Ce n'est pas aux victimes de se taire, c'est aux agresseurs et à ceux qui les excusent de répondre de leurs actes. »



