Hubs de retour pour migrants : leur honte, notre échec
Hubs de retour pour migrants : leur honte, notre échec

Alors que l'Union européenne intensifie sa politique d'externalisation des frontières, les « hubs de retour » deviennent l'instrument privilégié pour gérer les migrants déboutés de leur demande d'asile. Ces centres, installés dans des pays tiers comme le Niger, la Libye ou le Bangladesh, sont présentés comme une solution pragmatique pour accélérer les expulsions. Mais derrière le jargon technocratique se cache une réalité bien plus sombre : celle d'une sous-traitance de la honte, où l'Europe se décharge de ses responsabilités au mépris des droits fondamentaux.

Un système opaque et dangereux

Selon un rapport de l'ONG Human Rights Watch publié en mars 2025, au moins 12 000 migrants ont été transférés vers ces hubs depuis 2023, dont 3 500 sans avoir eu accès à un avocat ou à un interprète. Les conditions de détention y sont souvent déplorables. Au Niger, le hub d'Agadez, financé à hauteur de 15 millions d'euros par l'UE, a été décrit par des témoins comme un « entrepôt humain » où les détenus manquent d'eau et de soins médicaux. « On nous a dit qu'on allait nous aider à rentrer chez nous, mais on nous a enfermés sans aucune information », témoigne Mamadou, un migrant sénégalais retenu pendant six mois.

L'Europe se dédouane de ses obligations

Cette externalisation permet à l'UE de contourner les garanties juridiques de la Convention de Genève et de la Charte des droits fondamentaux. Les procédures d'asile, déjà critiquées pour leur lenteur, sont court-circuitées. « Les hubs de retour sont une manière de rendre les expulsions plus efficaces en les soustrayant au contrôle judiciaire européen », analyse Claire Rodier, directrice du Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti). En 2024, seuls 8 % des migrants placés dans ces hubs ont pu bénéficier d'un réexamen de leur situation.

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Un coût humain et financier

Le budget alloué par la Commission européenne à ces dispositifs est passé de 40 millions d'euros en 2022 à 120 millions en 2025. Pourtant, les résultats sont maigres : sur 18 000 personnes passées par les hubs, seulement 5 200 ont effectivement été renvoyées dans leur pays d'origine. Les autres restent dans des limbes juridiques, souvent sans papiers et sans perspective. « L'argent dépensé dans ces centres pourrait être utilisé pour des programmes d'intégration en Europe, mais la priorité donnée à la fermeté politique l'emporte », dénonce Jean-Claude Mallet, ancien secrétaire général de la défense nationale.

Un rejet croissant des pays partenaires

Face aux pressions européennes, certains pays hôtes commencent à se rebiffer. En février 2025, le Niger a suspendu sa coopération après la diffusion d'images montrant des migrants battus par des gardes libyens dans un hub géré conjointement. « Nous ne sommes pas les gardiens de l'Europe », a déclaré le ministre nigérien de l'Intérieur. Au Bangladesh, des associations locales ont porté plainte contre l'UE pour « détention arbitraire ».

Une alternative est possible

Des voix s'élèvent pour réclamer une autre politique migratoire. « La solution n'est pas de repousser les migrants vers des zones de non-droit, mais de créer des voies légales et sûres, et de respecter le droit d'asile », plaide Philippe Leclerc, représentant du HCR en France. L'UE pourrait, par exemple, multiplier les visas humanitaires et les programmes de réinstallation. En attendant, les hubs de retour restent une tache sur la conscience européenne, symbole d'une politique qui préfère l'ignominie à la solidarité.

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