La Guinée réclame à la France le crâne de Bokar Biro
Guinée : restitution du crâne de Bokar Biro exigée

La Guinée a officiellement demandé à la France la restitution du crâne de Bokar Biro, chef militaire et résistant à la colonisation française, conservé au Musée de l'Homme à Paris. Cette demande, formulée par le ministère guinéen de la Culture, s'inscrit dans une démarche plus large de récupération des biens culturels et des restes humains emportés pendant la période coloniale.

Une relique historique au cœur des relations bilatérales

Bokar Biro, figure emblématique de la résistance guinéenne, a été vaincu en 1898 lors de la bataille de Porédaka, qui a marqué la chute du royaume du Fouta-Djalon face aux troupes coloniales françaises. Son crâne, prélevé après sa mort, a été envoyé en France où il est conservé depuis dans les collections du Musée de l'Homme, sans que sa présence ait été officiellement révélée au public.

La demande de restitution a été adressée par le ministre guinéen de la Culture, Alpha Condé, dans une lettre envoyée à son homologue français, Rachida Dati, en date du 8 août 2026. Le gouvernement guinéen considère ce crâne comme un symbole de la souveraineté nationale et de la mémoire collective, et souhaite lui offrir une sépulture digne en terre guinéenne.

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Un précédent facilité par la loi française de 2023

Cette démarche s'appuie sur la loi française du 26 décembre 2023 relative à la restitution des biens culturels et des restes humains à leur pays d'origine. Cette législation a déjà permis le retour de plusieurs œuvres d'art et de restes humains, notamment vers le Bénin, le Sénégal et la Nouvelle-Zélande. Selon le ministère guinéen de la Culture, cette loi offre un cadre juridique clair pour la restitution du crâne de Bokar Biro.

Interrogé par l'Agence France-Presse, un porte-parole du ministère français de la Culture a confirmé avoir reçu la demande et a indiqué qu'elle serait étudiée avec attention, dans le respect des procédures en vigueur. Il a également rappelé que la France avait déjà procédé à des restitutions de restes humains à plusieurs pays, notamment à l'Algérie en 2020 et à la Nouvelle-Zélande en 2023.

Un geste attendu par la société civile guinéenne

En Guinée, cette demande est saluée par de nombreuses associations et intellectuels qui militent depuis des années pour la récupération du crâne. Pour eux, cette restitution serait un acte de justice historique et une reconnaissance des souffrances infligées par la colonisation. Selon un historien guinéen, le retour de ce crâne permettrait de "tourner la page de la colonisation" et de renforcer le sentiment d'unité nationale.

Le gouvernement guinéen prévoit, si la restitution aboutit, d'organiser des funérailles nationales en l'honneur de Bokar Biro, avec une cérémonie officielle à laquelle participeraient les plus hautes autorités du pays. Une statue à son effigie pourrait également être érigée dans la capitale, Conakry, pour perpétuer sa mémoire.

Une question qui dépasse le cadre bilatéral

Cette demande s'inscrit dans un mouvement plus large de réflexion sur la restitution du patrimoine africain, initié notamment par le rapport Sarr-Savoy de 2018, qui préconisait la restitution des œuvres d'art africaines conservées dans les musées français. Si la France a déjà restitué plusieurs objets, les restes humains restent un sujet sensible, et la Guinée espère que cette demande aboutira rapidement.

La question du crâne de Bokar Biro pourrait également être évoquée lors de la prochaine visite officielle du président français en Guinée, prévue pour 2027. Les deux pays entretiennent des relations diplomatiques étroites, et cette restitution pourrait être un geste fort pour renforcer leur coopération culturelle et scientifique.

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