Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé mardi sur Telegram que la Russie s'apprête à mobiliser plus de 100 000 soldats supplémentaires d'ici la fin de l'année, et environ autant l'an prochain. Selon lui, ces informations proviennent d'un rapport de son chef du renseignement, Oleh Ivashchenko, et sont confirmées par des documents internes russes. Ces affirmations n'ont pas pu être vérifiées indépendamment, et Zelensky avait déjà évoqué par le passé une mobilisation russe sans qu'elle se concrétise.
Des élections législatives sous tension
Cette annonce intervient alors que les élections législatives russes doivent se tenir en septembre. La Douma, dominée par le parti Russie unie de Vladimir Poutine, ne devrait pas connaître de bouleversement, l'opposition étant fortement restreinte. Lundi, la Cour suprême russe a interdit à Iabloko, le seul parti anti-guerre, de présenter des candidats, tout en autorisant le parti nationaliste Rodina. Des centaines de citoyens ont protesté devant le palais de justice. Zelensky estime que ces élections s'inscrivent dans la stratégie de mobilisation russe.
Un plan de mobilisation discret
« Le plan de Poutine n'est pas particulièrement compliqué », a déclaré Zelensky. Selon lui, la répression des voix dissidentes sert le récit du président russe, qui affirme que les Russes sont peu affectés par la guerre et soutiennent sa poursuite. La mobilisation se fait discrètement, et le renseignement ukrainien juge probable qu'elle ne soit pas annoncée officiellement avant l'automne. Le député de la Douma Andreï Gourouliev, lieutenant-général de réserve, a déclaré lundi aux médias d'État russes : « Il ne faut pas du tout mettre ce sujet sur la table, afin de ne pas agiter inutilement la population ».
Un système de quotas et de primes
Pour atteindre ses objectifs, l'armée russe s'appuie sur un système de quotas, explique le chercheur allemand Janis Kluge, spécialiste en sécurité internationale, à Euronews. « Le gouvernement fédéral fixe pour chaque région un quota d'appel, que les autorités régionales sont obligées de remplir ». Ces quotas descendent ensuite aux districts, communes ou entreprises, qui doivent trouver ou convaincre le nombre d'hommes requis. Un système de primes est mis en place pour les engagés et leurs recruteurs. Le mois dernier, 2 500 offres d'emploi dans l'armée ont été publiées sur le site Head Hunter, un volume anormalement élevé.
Une espérance de vie très courte sur le front
Les recrues russes tiennent en moyenne 20 à 35 minutes avant d'être tuées lors d'une bataille, selon des données en sources ouvertes confirmées par le renseignement américain. La Russie cherche donc à recruter hors de ses frontières, notamment en Amérique du Sud, où des hommes sont embauchés illégalement avec la promesse d'un emploi civil bien rémunéré. La Corée du Nord est particulièrement représentée, avec des soldats combattant pour la Russie depuis fin 2024. Le 29 juillet, Zelensky a averti que la Russie s'apprêtait à recevoir 30 000 soldats nord-coréens supplémentaires, ainsi que des missiles balistiques. En échange, la Russie fournit un soutien financier et technologique à la Corée du Nord, dans le cadre d'un pacte signé en juin 2024 prévoyant une « assistance militaire sans délai » en cas d'attaque.
Les contre-mesures ukrainiennes
En réponse à cette mobilisation annoncée, Volodymyr Zelensky a indiqué avoir « confié des missions précises » aux responsables du renseignement ukrainien, sans préciser la nature de ces contre-mesures.



