Après plus de trois années de guerre, les combats entre la Russie et l’Ukraine se poursuivent sur le front. Mais le conflit semble entrer dans une nouvelle phase. Donald Trump, principal entremetteur entre Kiev et Moscou, change de ton avec le Kremlin, la France accélère son réarmement, les tensions entre l’OTAN et la Russie sont vives. Ulrich Bounat, analyste géopolitique spécialiste de l’Europe centrale et de l’Est, décrypte pour Midi Libre l’évolution du conflit.
Donald Trump menace la Russie : un ultimatum pour Poutine ?
Donald Trump a annoncé livrer de nouvelles armes à Kiev et menace la Russie et ses alliés de droits de douane à 100 %. Vladimir Poutine est-il face à un ultimatum ? A-t-il encore le choix ? Il y a un changement de ton de Donald Trump, c’est indéniable. On est beaucoup moins dans l’aspect conciliatoire avec le Kremlin. Donald Trump constate que la stratégie qu’il avait adoptée jusqu’à présent, qui était de tout faire pour amadouer le Kremlin, ne fonctionne pas. Donc il change d’approche : il passe désormais aux menaces via ses droits de douane, et d’autre part, il augmente un peu l’aide à l’Ukraine. Est-ce que cela va avoir un impact sur l’attitude de Vladimir Poutine ? Ce n’est pas sûr et ce n’est pas clair. Les Russes vont quand même essayer d’amadouer à nouveau Donald Trump, en lui promettant monts et merveilles, et peut-être que Donald Trump ne donnera pas suite à ses menaces. Pour l’instant, les Russes sont plutôt dans une posture d’attente pour voir ce qui va se passer. En revanche, cela ne présage pas du tout d’une volonté russe de véritablement s’asseoir à la table des négociations. Parce qu’au-delà de tout cela, les objectifs de Moscou en Ukraine n’ont pas changé : contrôler le destin de l’Ukraine d’une façon ou d’une autre, que ce soit par la capitulation de l’Ukraine dans des négociations, soit par une usure militaire qui amènerait Kiev à poser les armes.
Il avait annoncé régler le problème en 24 heures ; six mois plus tard, on constate l’échec de Donald Trump sur le dossier ukrainien. Mais a-t-il réellement les cartes pour mettre un terme à la guerre ? Les États-Unis ont des cartes en main pour pousser la Russie à négocier. Ils ont aussi bien la carotte que le bâton. Le bâton, c’est la fourniture d’aide militaire à l’Ukraine : Donald Trump pourrait décider d’une aide massive à Kiev qui permettrait à l’Ukraine de reprendre l’initiative sur le champ de bataille. La carotte, c’est de proposer aux Russes un retour dans la communauté des nations, les réinviter au G7, lever des sanctions. Ce sont des choses qui feraient extrêmement plaisir à Vladimir Poutine et qui pourraient potentiellement l’inciter à négocier.
Les déclarations de Boris Pistorius : une menace ou un élargissement du conflit ?
« Les soldats allemands seront prêts à tuer des soldats russes si Moscou attaque un pays de l’Otan. » Les propos de Boris Pistorius sont-ils une simple menace ou doit-on s’attendre à un élargissement du conflit ? Rentre-t-il dans une nouvelle phase ? Est-il en train de basculer ? Boris Pistorius parle vraiment d’une attaque sur un pays de l’OTAN, alliance à laquelle n’appartient pas l’Ukraine. Il y a un changement de paradigme assez incroyable de la part des Allemands qui, avant même 2023-2024, étaient complètement réticents à l’idée d’avoir une armée digne de ce nom et surtout de faire de la projection à l’étranger. De ce point de vue, il y a un basculement massif, lié à la guerre en Ukraine, mais qui ne concerne pas l’Ukraine directement. Il y a une crainte au sein de l’ensemble des pays de l’OTAN qu’un jour la Russie teste l’article 5. C’est aussi un message envoyé à Moscou pour faire comprendre : « Ne tentez pas, parce que nous allons nous engager vraiment militairement. » Le fait que cela vienne de l’Allemagne a un poids assez important.
Le rôle de la France dans les négociations
Au-delà du réarmement d’ici 2027 annoncé par Emmanuel Macron, comment la France peut-elle agir dans les négociations entre Kiev et Moscou ? Elle essaye de le faire, c’est tout le sens de la coalition des volontaires. Lorsque les Britanniques et les Français réfléchissent à déployer soit de la police du ciel, soit des hommes, c’est une façon pour eux de peser dans la discussion. Il y a aussi des discussions intenses où le président Macron parle beaucoup à Donald Trump et à Volodymyr Zelensky, essayant de positionner la France comme un intermédiaire potentiel entre les Ukrainiens et les Américains. Finalement, ce sont les Européens au sens large qui vont faire beaucoup de choses pour l’Ukraine, qui vont payer les armes fournies par les Américains. Ce sont les Européens qui devront, si cette guerre arrive à un cessez-le-feu, fournir les garanties de sécurité. Étant un des pays clés de l’Union Européenne, la France a un énorme rôle à jouer.
* L’article 5 stipule que si un pays de l’OTAN est victime d’une attaque armée, chaque membre de l’Alliance considérera cet acte de violence comme une attaque armée dirigée contre l’ensemble des membres et prendra les mesures qu’il jugera nécessaires pour venir en aide au pays attaqué.



