Le putsch d'Alger de 1961 : une nuit de sédition militaire
Dans la nuit du 21 au 22 avril 1961, l'histoire de la France bascule. Quatre généraux français, farouchement opposés à l'indépendance de l'Algérie, déclenchent une sédition à Alger. Avec l'appui de légionnaires et de parachutistes, ils s'emparent de la ville, défiant ouvertement l'autorité du général de Gaulle, alors président de la République. Cet événement, connu sous le nom de putsch d'Alger, marque un épisode crucial de la fin de la guerre d'Algérie.
Contexte historique : la marche vers l'indépendance
Nous sommes en avril 1961. Le général de Gaulle, après avoir évoqué un État souverain en Algérie le 12 avril, entame un voyage présidentiel dans le Sud-Ouest. Sa visite triomphale s'achève à Bordeaux le 16 avril, où il bénéficie d'un large soutien populaire. Cinq jours plus tard, la situation explose.
Les généraux Maurice Challe, Edmond Jouhaud, André Zeller, en liaison avec Raoul Salan qui les rejoint depuis l'Espagne le 23 avril, passent à l'action. Leur objectif est clair : empêcher l'indépendance de l'Algérie, perçue comme une trahison après la défaite en Indochine. Le référendum du 8 janvier 1961, où 75 % des Français ont voté en faveur de l'autodétermination, a exacerbé les tensions au sein de l'armée.
La nuit du putsch : prise de contrôle d'Alger
Dans l'obscurité, les putschistes ne sont pas seuls. Ils sont suivis par d'autres officiers, bien que la haute hiérarchie militaire et les conscrits restent largement fidèles au gouvernement. Le 1er régiment de parachutistes, commandé par le commandant de Saint-Marc, quitte Zeralda pour investir Alger.
Les insurgés s'emparent du Palais d'été, siège de la Délégation Générale, ainsi que des bâtiments officiels, de la radio et des centraux téléphoniques. Le centre-ville est quadrillé par des barrages. Le délégué général Jean Morin, le ministre Robert Buron et le général Fernand Gambiez sont arrêtés.
Au matin du 22 avril, l'Agence France-Presse annonce l'état de siège. Radio Alger diffuse un communiqué proclamant que l'armée a pris le pouvoir en Algérie et au Sahara. Le général Challe lance un appel solennel : Je suis à Alger avec les généraux Zeller et Jouhaud, en liaison avec le général Salan, pour tenir notre serment : garder l'Algérie.
La réaction de Paris et l'échec du putsch
À Paris, un conseil des ministres exceptionnel proclame l'état d'urgence. Le général de Gaulle, dans un discours télévisé le 23 avril, condamne fermement le pronunciamiento et moque un quarteron des généraux en retraite. Il interdit à tout soldat d'exécuter leurs ordres et active l'article 16 de la Constitution, lui conférant les pleins pouvoirs.
Sur le terrain, la résistance s'organise. La Marine à Mers-el-Kébir refuse de suivre la sédition. Les appelés multiplient les actes de sabotage, tandis que les gendarmes reprennent progressivement le contrôle d'Alger. Le 25 avril, les légionnaires du 1er REP se réfugient à Zeralda, et le gouvernement récupère la radio d'Alger.
Conséquences et création de l'OAS
Le putsch, qui n'aura duré que cinq jours, s'effondre. Challe et Zeller se constituent prisonniers, tandis que Jouhaud et Salan passent à la clandestinité pour fonder l'Organisation armée secrète (OAS). Condamnés à des peines de détention, ils seront finalement amnistiés en 1968, six ans après l'indépendance de l'Algérie.
Cet épisode illustre les profondes divisions au sein de l'armée française et marque un tournant décisif vers la fin de la colonisation en Algérie.



