Soirées filles à Montpellier : le succès des événements non-mixtes
Soirées filles à Montpellier : le succès des événements non-mixtes

Les soirées et ateliers exclusivement féminins connaissent un succès fulgurant à Montpellier. Une pyjama party géante organisée ce vendredi 7 août à la maison Soléna à Lattes affiche déjà complet, preuve de l'engouement pour ces rendez-vous placés sous le signe de la sororité et du lâcher-prise.

Un concept qui séduit : les Copines du Sud

Jade, 27 ans, est à la tête du "girls club" Les Copines du Sud, lancé en juillet 2025. Son objectif : réunir des femmes de Nîmes à Montpellier autour d'ateliers créatifs, sportifs et bien-être. "On sait que ce n'est pas évident pour les femmes en ce moment… Ma démarche c'est de proposer une safe place sans jugement, avec un max de sororité", explique-t-elle. L'entrepreneuse se dit surprise par l'affluence : "Je ne pensais pas avoir autant de personnes."

Pour Anna, arrivée des Bouches-du-Rhône il y a trois ans, ces événements sont l'occasion de se créer un cercle social. "J'ai rencontré l'une de mes meilleures amies actuelles", confie-t-elle. Elle a franchi le cap des sorties solo : "Au début tu n'oses pas puis tu y prends plaisir et tu te rends compte que tu n'es pas la seule à faire ça."

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des motivations diverses : sécurité, libération, charge mentale

Vénécia, qui se qualifie de "grande trouillarde", cherche avant tout un environnement sécurisé. "Dans le monde d'aujourd'hui, je suis contente de savoir où je vais et avec qui", souligne-t-elle, appréciant la présence bienveillante de Jade. Pour Gina, maman et artisane, ces moments sont "libérateurs" : "Avec cette charge mentale personnelle et professionnelle, je prends enfin du temps pour moi. Ça permet de lâcher prise et de poser le cerveau."

Marcia Kechichian, planeuse événementielle à Montpellier, va plus loin dans l'émancipation. Elle organise le 13 août prochain la soirée Queen Society au Mas du cheval, avec un show inspiré de l'univers Magic Mike, ces performances de breakdancers torse nu populaires à Londres. "Il faut qu'on inverse les rôles et détruise le patriarcat", lance-t-elle. "Il faut faire péter les clichés !" s'exclame cette femme de 39 ans, qui sera la MC de la soirée. Au programme : bingo sexy, cocktails sur mesure et playlist participative. Une première pour ce genre d'événement, plus trash et décalé, mais toujours dans un "environnement sécure".

Un business lucratif : abonnements et ambassadrices

Ces initiatives ne sont pas que festives, elles représentent aussi un marché juteux. Les ApéroFilles, concept lancé à Lyon en 2020 par Marguerite, propose un abonnement mensuel à 18,90 euros. Les abonnées accèdent à une application avec des réductions sur les activités et des avantages lors des ateliers. La fondatrice rémunère 14 ambassadrices dans toute la France, dont Montpellier. Les Copines du Sud, elles, facturent l'abonnement 30 euros.

Gina, bien que séduite par l'idée, n'a pas souscrit : "C'est une bonne forme de commerce, mais je n'ai pas le temps d'en profiter." Anna, participante et praticienne bien-être, y voit un intérêt professionnel : "Les filles sont de potentielles clientes. Même si je ne venais pas pour ça à la base, ces événements impactent forcément mon business." Elle a d'ailleurs prévu de porter un haut brodé au nom de son entreprise lors de la soirée pyjama.

Sociologue : une réponse aux violences sexistes et une tradition féministe

Auréline Cardoso Khoury, docteure en sociologie spécialisée dans le genre, apporte un éclairage. Selon elle, le développement de ces soirées s'explique par "une réponse à la médiatisation des violences sexistes et sexuelles dans les espaces festifs". Les ateliers en non-mixité, eux, ne sont pas nouveaux : "Cela s'organisait déjà de manière revendiquée lors de la 2e vague féministe à la fin des années 60."

Ces événements produisent des effets importants : "La non-mixité permet à un même groupe social opprimé de se retrouver. S'opèrent alors une identification et une conscientisation de la domination et d'une cause commune." On passe ainsi d'une explication psychologisante à une explication sociale et politique, comme en 1970 où il s'agissait de lutter contre les violences et inégalités au sein du foyer. Les femmes gagnent du pouvoir d'achat et se réapproprient des activités traditionnellement masculines, comme le bricolage.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Les zones grises : inclusion des transgenres et récupération commerciale

La sociologue pointe néanmoins des zones d'ombre. La question de l'inclusion des hommes transgenres se pose : "Ils sont finalement souvent invités lors d'événements dits 'de mixité choisie', où sont surtout écartés les hommes cisgenres." De plus, "il y a aussi le fait que cette non-mixité peut être un argument commercial. Il y a une récupération de l'outil en ce sens."

En définitive, ces soirées féminines montpelliéraines conjuguent émancipation, convivialité et entrepreneuriat. Elles répondent à un besoin de sécurité et de sororité, tout en s'inscrivant dans une tradition féministe de non-mixité. Le phénomène, loin de s'essouffler, semble appelé à se développer, porté par des organisatrices déterminées à bousculer les clichés.