Le ministre ukrainien de l'Énergie, Denys Chmyhal, a déclaré que le président russe Vladimir Poutine veut « achever » le système énergétique ukrainien, alors que les frappes russes se sont intensifiées ces dernières semaines. Selon lui, la Russie cible délibérément les infrastructures critiques pour plonger la population dans le froid et l'obscurité.
Des frappes massives contre les infrastructures
Depuis le début de l'année, la Russie a lancé plusieurs vagues de frappes contre les centrales électriques, les transformateurs et les réseaux de distribution. Rien qu'en juillet, plus de 200 missiles et drones ont visé ces installations, selon les chiffres du ministère ukrainien de l'Énergie. Les autorités locales signalent des coupures de courant quotidiennes dans de nombreuses régions, notamment à Kiev, Kharkiv et Odessa.
« Chaque attaque vise à priver les civils de services essentiels, explique Chmyhal. Ils veulent créer une crise humanitaire. » Le ministre a souligné que les réparations sont en cours, mais que les dommages sont considérables. Environ 70 % des capacités de production thermique ont été détruites ou endommagées, et la production hydroélectrique a chuté de 40 %.
Un hiver difficile en perspective
Les experts craignent que l'Ukraine ne puisse pas maintenir un approvisionnement électrique suffisant pendant l'hiver. Les températures peuvent descendre jusqu'à -20 °C, et les coupures prolongées mettraient en danger la vie des plus vulnérables. Le gouvernement ukrainien a déjà mis en place des points de chauffage collectifs et des générateurs de secours, mais leur nombre est insuffisant face à l'ampleur des besoins.
« Nous faisons tout notre possible pour renforcer la résilience du réseau, mais nous avons besoin de plus de soutien international, notamment en matière de pièces de rechange et de systèmes de défense aérienne », a ajouté Chmyhal. Selon lui, les alliés occidentaux ont promis des livraisons de matériel, mais les retards persistent.
La réponse de la communauté internationale
Les États-Unis et l'Union européenne ont condamné ces frappes, les qualifiant de « crimes de guerre ». L'UE a annoncé un nouveau paquet d'aide de 500 millions d'euros pour la reconstruction du secteur énergétique ukrainien, tandis que Washington a renforcé ses sanctions contre le secteur énergétique russe. Cependant, la Russie nie toute intention de cibler les civils, affirmant que ses frappes visent des objectifs militaires.
Sur le terrain, les équipes de secours travaillent jour et nuit pour rétablir le courant. À Kharkiv, une équipe de 200 techniciens venus de Pologne et de Lituanie aide à réparer un transformateur géant endommagé. Le maire de la ville, Ihor Terekhov, a déclaré : « Chaque heure sans électricité est une heure de souffrance pour nos habitants. Nous sommes reconnaissants pour cette aide, mais nous avons besoin de plus. »
Un impact économique dévastateur
Au-delà des conséquences humanitaires, ces attaques ont un impact économique majeur. Les industries ukrainiennes, déjà fragilisées par la guerre, subissent des pertes estimées à 3 milliards de dollars par mois en raison des coupures d'électricité. Les entreprises de transformation, les mines et les usines chimiques sont les plus touchées. Le PIB ukrainien, qui s'était contracté de 29 % en 2022, devrait encore reculer de 4 % cette année, selon le FMI.
Pour faire face, le gouvernement a décidé d'augmenter les tarifs de l'électricité de 30 % pour les ménages, une mesure impopulaire mais jugée nécessaire pour financer les réparations. Les syndicats dénoncent une décision qui pénalise les plus pauvres, tandis que le ministère de l'Énergie assure que des aides ciblées seront mises en place.
La stratégie de Poutine
Pour les analystes, ces frappes s'inscrivent dans une stratégie délibérée de Poutine visant à briser la résistance ukrainienne. « L'hiver est une arme. En privant les Ukrainiens de chauffage et d'électricité, Moscou espère provoquer un exode massif et une pression politique sur le gouvernement de Volodymyr Zelensky », explique Oksana Antonenko, experte en sécurité à Londres.
Chmyhal a conclu : « Nous ne céderons pas. Nous reconstruirons chaque centrale, chaque ligne électrique. Mais nous avons besoin de la solidarité du monde libre pour arrêter ce terrorisme énergétique. » Les prochaines semaines seront décisives, car les températures commencent à chuter et les besoins en énergie vont augmenter.



