L'AfD exploite la crise de Ceuta pour peser sur les régionales
L'AfD exploite la crise de Ceuta pour peser sur les régionales

Le parti d'extrême droite allemand Alternative pour l'Allemagne (AfD) a saisi la crise migratoire de Ceuta comme un levier électoral majeur à quelques semaines des élections régionales dans plusieurs Länder. Selon des sources internes au parti, cette stratégie vise à durcir le discours sur l'immigration et à attirer les électeurs inquiets de la sécurité.

Une exploitation politique immédiate

Dès les premières images des migrants franchissant la frontière de Ceuta, les dirigeants de l'AfD ont publié des déclarations alarmistes sur les réseaux sociaux, accusant le gouvernement fédéral de faiblesse. Alice Weidel, coprésidente du parti, a appelé à un « tournant migratoire radical » et à la fermeture immédiate des frontières, dans une vidéo visionnée plus de 2 millions de fois en 48 heures.

Cette offensive intervient alors que les sondages donnent l'AfD en progression dans plusieurs régions, notamment en Thuringe et en Saxe, où le parti espère remporter des sièges clés. Selon une enquête de l'institut Forsa publiée la semaine dernière, l'AfD recueillerait 24% des intentions de vote en Thuringe, en hausse de 5 points par rapport au mois précédent.

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La crise de Ceuta comme catalyseur

La ville autonome de Ceuta, enclave espagnole au Maroc, a été le théâtre d'une arrivée massive de migrants début août. Plus de 8 000 personnes ont tenté de franchir la frontière, dont environ 6 000 ont réussi avant que les autorités espagnoles ne rétablissent le contrôle. Cet événement a provoqué une onde de choc en Europe, et l'AfD a su l'exploiter en liant directement cette crise à la politique d'asile allemande.

« Nous voyons ce qui se passe à Ceuta : c'est le résultat de l'ouverture des frontières voulue par l'Union européenne. L'Allemagne doit reprendre le contrôle de ses propres frontières », a déclaré Tino Chrupalla, autre coprésident de l'AfD, lors d'un meeting à Dresde. Il a également promis de « mettre en place des centres de rétention à la frontière » si son parti arrivait au pouvoir.

Une stratégie qui divise

Cette instrumentalisation suscite des critiques vives au sein de la classe politique allemande. Le ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer, a dénoncé une « exploitation indigne de la détresse humaine » et rappelé que l'Allemagne avait déjà pris des mesures pour renforcer la protection des frontières extérieures de l'UE. De son côté, la chancelière Angela Merkel a appelé à une réponse européenne coordonnée, sans céder à la « panique ».

Les associations de défense des migrants, comme Pro Asyl, ont également réagi en soulignant que l'AfD « utilise la peur pour diviser la société ». Selon un porte-parole, « Ceuta est une tragédie humaine, pas un argument de campagne électorale ».

Un impact potentiel sur les élections

Les élections régionales, prévues en septembre dans trois Länder de l'est, sont cruciales pour l'AfD, qui n'a jamais réussi à entrer dans un gouvernement régional. La crise de Ceuta pourrait être l'élément déclencheur pour mobiliser son électorat traditionnel, mais aussi pour séduire les électeurs indécis.

Selon une analyse de l'institut de recherche sur l'opinion publique YouGov, 37% des Allemands estiment que le gouvernement n'en fait pas assez pour contrôler l'immigration, un chiffre en hausse de 8 points depuis la crise de Ceuta. Cette perception pourrait bénéficier à l'AfD, qui capitalise sur ce sentiment de perte de contrôle.

Cependant, certains experts restent prudents. « L'AfD a déjà utilisé des crises similaires dans le passé, mais cela ne s'est pas toujours traduit par des gains électoraux durables », explique le politologue Jan Müller de l'université de Berlin. « La question migratoire reste importante, mais les électeurs regardent aussi les questions économiques et sociales. »

Quoi qu'il en soit, l'AfD a clairement choisi de faire de Ceuta un thème central de sa campagne. Le parti a prévu d'organiser des rassemblements dans les prochaines semaines, avec pour mot d'ordre « Protéger nos frontières, sécuriser notre avenir ». Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits dans les urnes.

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