Iran : après la décapitation des Gardiens de la révolution, quel avenir pour le régime ?
Iran : après la décapitation des Gardiens, quel avenir ?

Un régime décapité mais résilient

Dimanche, l'Iran a annoncé les décès de l'ayatollah Khamenei, guide suprême, et du général Mohammad Pakpour, chef des Gardiens de la révolution, lors des opérations militaires américaines « Epic Fury » et israéliennes « Roaring Lion ». Le Pentagone a confirmé la destruction du quartier général de ce corps paramilitaire et la mort de 48 « leaders » iraniens, selon Donald Trump, sans révéler leurs identités.

Des pertes lourdes pour les Pasdaran

Pour les Gardiens de la révolution, bras armé du régime des mollahs, les pertes sont considérables. Mais leur disparition est-elle envisageable après ces revers ? « Je ne crois pas du tout que l'assassinat des principaux dirigeants va les désorganiser », affirme Thierry Coville, chercheur à l'Iris spécialiste de l'Iran, évoquant « deux ou trois remplaçants » prévus pour chaque poste. En juin dernier, la guerre de douze jours entre l'Iran et Israël avait déjà coûté la vie à Hossein Salami, précédent chef des gardiens. Mohammad Pakpour, tué ce week-end, lui avait succédé.

Bombardements et renouvellement des cadres

Les attaques de l'été ont plutôt permis de perfectionner la réponse de l'organisation, classée terroriste par l'Union européenne depuis janvier. « Le degré de commandement est retombé à n-6 voire n-7 », explique Théo Nencini, chercheur doctorant à l'Institut catholique de Paris et à Sciences Po Grenoble. « Dans cette conjoncture, cette stratégie de la décapitation est appelée à avoir moins de succès que dans d'autres circonstances historiques. »

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Jonathan Piron, historien spécialiste de l'Iran et chercheur associé au GRIP à Bruxelles, abonde : « On observait des mouvements de décentralisation de la prise de décision, de renouvellement des cadres tués : le régime s'y préparait. »

Une riposte immédiate et une nomination radicale

Signe d'une continuité affirmée, les Gardiens de la révolution ont déjà riposté, déclarant avoir lancé un barrage de missiles sur Tel-Aviv, Haïfa et Jérusalem-Est. Selon plusieurs sources, dont le site Iran International basé à Londres, Ahmad Vahidi a été nommé nouveau chef du corps paramilitaire. « C'est un dur, un radical », souligne Jonathan Piron.

Âgé de 67 ans, ancien ministre de l'Intérieur et de la Défense, Ahmad Vahidi est recherché par Interpol pour son implication présumée dans un attentat commis en Argentine en 1994 contre des associations juives.

Le rôle central des Gardiens dans l'économie et la politique

Fondés en 1979 par l'ayatollah Khomeyni, les Gardiens de la révolution sont les protecteurs du régime. Leur influence dépasse largement leur rôle militaire initial. Selon les experts contactés, leur poids dans l'économie iranienne oscille entre 20 et 60 %.

« Les Pasdaran représentent des milliers d'hommes, c'est une force militaire et politique clé », rappelle Thierry Coville, auteur de L'Iran, une puissance en mouvement. « Depuis la deuxième présidence de Mahmoud Ahmadinejad, entre 2009 et 2013, les portes des administrations leur sont ouvertes. Ils ont le pouvoir militaire, la répression, la sécurité et la sûreté de l'État sous contrôle depuis longtemps », indique Théo Nencini. « Dans cette phase de guerre extrêmement importante, à court terme, ils sont à la manœuvre. »

Quel avenir pour les Gardiens de la révolution ?

Dans les semaines à venir, le devenir du corps des Gardiens de la révolution suscite de nombreuses interrogations. « Est-ce qu'ils vont prendre le contrôle du système en le militarisant ? Est-ce qu'on va assister à une forme de continuité autoritaire ou à des failles entre plusieurs factions, certains prônant une ligne radicale, d'autres partisan d'un dialogue avec l'étranger ? », s'interroge Théo Nencini.

Les Pasdaran devraient maintenir leur rôle central, sous l'autorité du futur Guide suprême dont l'identité sera décisive pour l'orientation future du pays. « Ils ont une loyauté totale au régime, ils en tirent leur légitimité », précise Jonathan Piron.

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Une transition institutionnelle sous contrôle

« L'équipe de transition mise en place suit la Constitution », décrypte l'historien spécialiste de l'Iran. « Il n'y a pas de structure militaire composée de Gardiens assurant l'intérim. On suit la logique institutionnelle pour envoyer un signe à l'extérieur et à l'intérieur : malgré la décapitation du sommet du pays, le régime ne se fragmente pas. »

Quitte à sacrifier le pays et ses alliances régionales pour le sauver. « C'est un système nourri d'idéologie martyrologique », note Théo Nencini. « Le fait que l'Iran frappe tous les pays de la région illustre cette stratégie du jusqu'au-boutisme. »