GPA en Allemagne : l'affaire Jens Spahn, un argument en or pour l'extrême droite
GPA en Allemagne : l'affaire Spahn, un argument pour l'extrême droite

L'ancien ministre allemand de la Santé, Jens Spahn (CDU), a démissionné de son poste de député au Bundestag le 15 octobre 2023, après que le magazine Bunte a révélé qu'il avait eu recours à une gestation pour autrui (GPA) aux États-Unis avec son mari, Daniel Funke. Cette affaire, qui a provoqué un scandale politique outre-Rhin, est devenue un argument en or pour l'extrême droite allemande, qui dénonce une hypocrisie des élites face à une pratique interdite en Allemagne.

Les faits : une GPA révélée par la presse people

Selon l'enquête de Bunte, Jens Spahn et son époux auraient eu recours à une mère porteuse américaine pour avoir un enfant. La GPA est strictement interdite en Allemagne, où seule la mère qui accouche est légalement considérée comme la mère. Les parents d'intention doivent donc se tourner vers des pays où la pratique est autorisée, comme les États-Unis ou le Canada. Spahn, qui était ministre de la Santé de 2018 à 2021, a toujours refusé de légaliser la GPA en Allemagne, invoquant des raisons éthiques. Cette contradiction flagrante a immédiatement été exploitée par ses adversaires politiques.

Le journal cite des sources proches du couple, indiquant que l'enfant est né en 2022 dans un État américain où la GPA est légale. Spahn et Funke auraient payé entre 100 000 et 150 000 dollars pour cette procédure, selon des estimations non confirmées. L'ancien ministre a reconnu les faits dans un communiqué, affirmant qu'il s'agissait d'une décision privée et qu'il n'avait pas enfreint la loi allemande, puisque l'acte s'est déroulé à l'étranger. Il a toutefois présenté ses excuses pour la controverse.

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La réaction de l'extrême droite : une aubaine politique

L'Alternative pour l'Allemagne (AfD) a immédiatement saisi l'occasion. Alice Weidel, coprésidente du groupe parlementaire AfD, a déclaré : « Jens Spahn incarne l'hypocrisie de l'establishment : il interdit aux autres ce qu'il s'autorise lui-même. C'est un exemple parfait du double langage des élites vertes et libérales. » L'AfD a toujours défendu une position traditionaliste sur la famille, opposée à la GPA et à l'homoparentalité. Ce scandale lui permet de dénoncer ce qu'elle appelle le « tourisme procréatif » des riches Allemands.

Le parti a publié un communiqué intitulé « Spahn, le visage du mépris pour les lois allemandes », dans lequel il réclame des sanctions pénales pour les citoyens allemands qui contournent l'interdiction de la GPA à l'étranger. L'AfD a également annoncé son intention de déposer une proposition de loi visant à interdire explicitement la GPA pour les Allemands, même réalisée hors du pays.

Impact sur le débat politique allemand

Cette affaire relance le débat sur la GPA en Allemagne, un sujet tabou depuis des années. Selon un sondage réalisé par l'institut Forsa pour le magazine Stern, 62 % des Allemands se disent opposés à la légalisation de la GPA, contre 28 % favorables. Cependant, l'affaire Spahn pourrait modifier les perceptions : 45 % des personnes interrogées estiment que l'interdiction actuelle est hypocrite, car elle pousse les couples aisés à se tourner vers l'étranger.

La chancelière Olaf Scholz a refusé de commenter directement l'affaire, mais a rappelé que la GPA reste interdite en Allemagne. Le ministre de la Justice, Marco Buschmann (FDP), a évoqué la nécessité d'un débat sociétal, tout en soulignant les risques d'exploitation des mères porteuses. De son côté, la ministre de la Famille, Lisa Paus (Verts), a appelé à une régulation européenne pour éviter les dérives.

Les conséquences pour Jens Spahn

Jens Spahn, figure controversée de la CDU, était déjà affaibli depuis la défaite de son parti aux élections de 2021. Sa démission du Bundestag met fin à une carrière politique de 20 ans. Il a justifié sa décision par la pression médiatique et les menaces qu'il aurait reçues. Dans une interview au Spiegel, il a déclaré : « Je ne peux pas continuer à siéger dans ces conditions. Ma famille est devenue une cible. »

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Cette affaire soulève également des questions juridiques : bien que la GPA soit interdite en Allemagne, le droit de la filiation international est complexe. L'enfant né aux États-Unis possède la nationalité américaine, mais les parents d'intention doivent faire reconnaître leur parenté en Allemagne, ce qui pourrait nécessiter une décision de justice.

Un précédent qui pourrait faire jurisprudence

L'affaire Spahn n'est pas un cas isolé. Selon une étude de l'université de Hambourg, environ 200 couples allemands par an ont recours à la GPA à l'étranger, principalement aux États-Unis, au Canada et en Ukraine. Ce chiffre est en hausse de 15 % par rapport à 2019. Les associations de parents d'intention réclament une légalisation encadrée, tandis que les associations féministes dénoncent une marchandisation du corps des femmes.

Le débat est désormais inévitable, et l'extrême droite compte bien en tirer profit. Lors d'un meeting à Dresde, le chef de l'AfD, Tino Chrupalla, a lancé : « Spahn a fait ce qu'il a interdit aux autres. Cela montre que les lois ne s'appliquent qu'aux petits citoyens. Nous devons mettre fin à ce système à deux vitesses. » La question de la GPA pourrait ainsi devenir un thème central de la campagne pour les élections régionales de 2024 dans plusieurs Länder de l'Est, où l'AfD est déjà en tête dans les sondages.