Le Front de libération nationale corse - Union des Combattants (FLNC-UC) a organisé une conférence de presse clandestine, une première depuis dix-huit mois, pour dénoncer le projet d'autonomie de la Corse et menacer les « envahisseurs ». Dans une mise en scène typique des actions historiques du mouvement, des hommes cagoulés, des armes lourdes et automatiques exposées, et un drapeau corse recouvrant la table servant de pupitre, ont été présentés au journal Corse Matin, seul média convié.
Le groupe indépendantiste a profité de cette tribune pour avertir les Français qui s'installent en Corse ou qui y achètent une résidence secondaire : « En attendant que nos droits nationaux soient reconnus et respectés, nous n'avons qu'un message à leur adresser : restez chez vous », et « dans le cas contraire, ne vous considérez pas en sécurité sur notre territoire national ».
Qu'est-ce que le FLNC-UC ?
Le FLNC-UC est né le 23 décembre 1999 de la fusion de plusieurs groupes issus de l'ex-FLNC : le FLNC Canal Historique, Clandestinu, Fronte ribellu et le FLNC du 5-Mai, rejoints en août 2003 par Resistenza Corsa. Cette unification a mis fin à une décennie de rivalités sanglantes entre factions nationalistes, qui avaient émergé d'une première scission au début des années 1990 entre le FLNC Canal habituel, favorable à une voie négociée, et le FLNC Canal historique.
En juin 2014, après quinze ans de lutte armée, le FLNC-UC a annoncé son processus de démilitarisation et une sortie progressive de la clandestinité. Cependant, cette démilitarisation a été de courte durée : en mars 2023, le FLNC-UC a revendiqué, avec le FLNC du 22 octobre, une « nuit bleue » avec 45 explosions visant un centre des impôts désaffecté d'Ajaccio et des résidences secondaires.
Pourquoi cette conférence de presse ?
Selon un spécialiste de la sécurité en Corse interrogé par l'AFP sous couvert d'anonymat, cette communication intervient juste avant les journées internationales de Corte (Haute-Corse), organisées samedi et dimanche par le parti indépendantiste et pro-lutte armée Nazione. Ces journées réunissent des voix indépendantistes de Guyane, de Martinique, de Guadeloupe, des Comores, de Nouvelle-Calédonie, de Catalogne et du Pays basque.
« Pour les militants, il faut marquer le coup mais on considère que c'est un communiqué plus politique que l'ouverture d'une campagne d'action violente », a estimé cet expert. Comme lors de leur précédente conférence de presse clandestine en janvier 2024, ils estiment que le projet de loi constitutionnelle, qui doit être examiné au Sénat en octobre, « aboutit à la négation de l'existence de notre peuple et au reniement des principales revendications de ces dernières décennies ». Ils annoncent être « déjà dans l'après-Beauvau ».
Les nationalistes corses dénoncent ce texte de loi, qu'ils voient comme une « décentralisation améliorée, une autonomie au rabais ». L'État français a notamment refusé la création d'un statut de résident corse et la co-officialité de la langue corse avec le français.
Ont-ils les moyens de leurs menaces ?
Thierry Dominici, politologue à l'université de Bordeaux et spécialiste des mouvements nationalistes, relativise la portée de ces menaces. Selon lui, elles sont « finalement moins agressives que dans les années 1980 où l'on s'attaquait directement aux “colons” avec des courriers nominatifs et les fameux “valise ou cercueil”, les tags IFF (I Francesi Fora, “les Français dehors”), etc. ». Il ajoute : « C'est une phrase qui doit servir d'accroche pour les médias », mais cette communication « vise davantage l'échelon local que national : ils sont dans une quête de légitimité au sein de la base militante nationaliste ».
Il convient de noter que les actions violentes du FLNC, hors règlements de compte internes, ont presque toujours ciblé les biens plutôt que les personnes.



