Tewffik Bouallag, condamné en France pour avoir combattu pour Daech en Syrie entre 2013 et 2014, est bloqué au centre de rétention administrative (CRA) de Lesquin (Nord) depuis le mois d’avril 2026. Algérien, il souhaite quitter la France, où il se trouve en situation irrégulière, pour rejoindre son pays, mais l’Algérie refuse pour l’instant de l’accueillir, rapporte France 3 Centre-Val de Loire.
L’homme, né à Dreux (Eure-et-Loir) en 1983, était français, mais à sa demande, il a été libéré de ses liens d’allégeance avec la France. « Je ne me suis jamais senti Français et je le serai jamais », écrivait-il à l’époque dans une lettre à la préfecture de l’Indre. Condamné en appel en 2019 à 13 ans de prison avec une période de sûreté des deux tiers pour association de malfaiteurs terroriste criminelle, il est sorti en avril 2026 et a immédiatement été placé en CRA.
Un cas inédit de rétention prolongée
« Depuis mon placement en centre de rétention, je demande à plusieurs reprises à être renvoyé en Algérie, conformément à mon souhait de quitter définitivement la France. À ce jour, cette situation n’a toujours pas été résolue », a-t-il expliqué dans un mail envoyé à nos confrères. Son transfert est au point mort, et son avocat, Me Romain Ruiz, dénonce « un problème insoluble » causé par « des raisons politiques et diplomatiques ».
Lors de son arrestation en 2014, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve, le qualifiait de « dangereux et susceptible d’agir sur le sol français ». Ce cas de figure est inédit, car l’administration savait qu’il allait sortir de prison, mais n’a pas anticipé les démarches consulaires.
Tensions diplomatiques entre la France et l’Algérie
La Cimade (association de défense des droits des migrants) rapporte qu’un tiers des 16 000 personnes retenues dans l’attente d’une expulsion en France sont de nationalité algérienne. L’organisme pointe aussi « un contexte de tensions diplomatiques persistantes entre la France et l’Algérie, marqué par des difficultés accrues d’obtention de laissez-passer consulaires et, plus encore, par des refus de réadmission parfois opposés après même l’organisation des vols ».
« Quand le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, qui représente l’ancien colonisateur, vient dire à l’Algérie que ça suffit la politique migratoire, qu’il faut durcir le ton, l’Algérie le prend comme une provocation condescendante », explique Anaïs Place, avocate et co-présidente de l’Association pour le droit des étrangers (ADDE). Les chiffres confirment sa thèse : 263 ressortissants algériens ont été expulsés en 2025, soit quatre fois moins qu’en 2024.
Des démarches individuelles pour sortir de l’impasse
L’avocate affirme également que « les services préfectoraux n’ont simplement pas les moyens de bien faire les choses ». Concernant Tewffik Bouallag, elle regrette : « L’administration savait qu’il allait sortir de prison, ils auraient dû contacter les autorités consulaires algériennes six mois avant sa sortie… »
La solution pour le quarantenaire est de se débrouiller seul. Romain Ruiz indique alors que son client a entamé des démarches auprès du consulat algérien pour obtenir un passeport, et pouvoir enfin quitter la France.



