L'Espagne a annoncé, vendredi 7 août, l'imposition de contrôles systématiques aux frontières pour les voyageurs en provenance d'Italie. Cette mesure, qui entre en vigueur immédiatement, répond aux contrôles similaires introduits par Rome après la crise migratoire de Ceuta. Selon le ministère espagnol de l'Intérieur, ces contrôles concernent l'ensemble des points de passage terrestres, aériens et maritimes, et visent à « garantir la sécurité et l'ordre public ».
Une décision de représailles dans l'espace Schengen
Cette décision de Madrid constitue une escalade dans le différend qui oppose les deux pays membres de l'espace Schengen. L'Italie avait rétabli des contrôles à ses frontières avec la France et l'Autriche à la fin du mois de juillet, après l'afflux de migrants à Ceuta, enclave espagnole au Maroc. Rome avait justifié ces mesures par des « risques exceptionnels » liés à la pression migratoire.
Le gouvernement espagnol, par la voix de son ministre de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a dénoncé une « réaction disproportionnée » de l'Italie. « Nous ne pouvons pas accepter que des mesures unilatérales remettent en cause la libre circulation des personnes, un des piliers de l'Union européenne », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Madrid.
Des conséquences économiques et politiques
Les nouveaux contrôles pourraient avoir des répercussions économiques significatives. Selon les estimations de la chambre de commerce italo-espagnole, près de 1,2 million de voyageurs ont transité entre les deux pays au cours des six premiers mois de 2026. Ces flux génèrent environ 450 millions d'euros de retombées économiques annuelles pour les régions frontalières.
Sur le plan politique, cette crise met en lumière les tensions croissantes au sein de l'Union européenne sur la gestion migratoire. L'Espagne, qui a accueilli plus de 15 000 migrants à Ceuta et Melilla depuis janvier, critique la position italienne jugée « peu solidaire ». L'Italie, de son côté, estime que la pression migratoire est inégalement répartie et appelle à une réforme du règlement de Dublin.
Vers une renégociation des accords de Schengen ?
Cette escalade pourrait inciter la Commission européenne à accélérer les discussions sur une révision des règles de Schengen. Bruxelles avait déjà proposé, en mai dernier, un mécanisme de solidarité obligatoire pour la répartition des demandeurs d'asile. Cependant, les négociations sont au point mort en raison de l'opposition de plusieurs États membres, dont la Pologne et la Hongrie.
En attendant, les voyageurs italiens se disent surpris par cette décision. « Je viens souvent en Espagne pour le travail, ces contrôles vont compliquer mes déplacements », témoigne Marco, un entrepreneur milanais rencontré à l'aéroport de Barcelone. Les files d'attente aux postes-frontières pourraient s'allonger considérablement, selon les autorités espagnoles, qui prévoient d'augmenter les effectifs de police.
Un précédent dangereux pour l'UE
Pour les experts, cette mesure de rétorsion est un précédent dangereux. « Si chaque État réagit de manière bilatérale, c'est tout l'espace Schengen qui s'effrite », analyse Camille Leclerc, chercheuse à l'Institut Jacques Delors. Elle rappelle que les contrôles aux frontières intérieures ne peuvent être rétablis que dans des cas exceptionnels, pour une durée limitée, et avec l'accord de la Commission.
L'Espagne a indiqué que ces contrôles seront maintenus « jusqu'à ce que l'Italie lève ses propres mesures ». Rome, de son côté, n'a pas réagi officiellement à l'annonce espagnole, mais des sources diplomatiques italiennes évoquent des « discussions en cours » pour trouver une issue. En attendant, les voyageurs entre les deux pays devront anticiper des délais supplémentaires.



