Diosdado Cabello, l'homme fort du Venezuela, au cœur des contradictions américaines
Diosdado Cabello, l'homme fort du Venezuela, au cœur des contradictions américaines

Diosdado Cabello, figure centrale du régime chaviste et ministre de l'Intérieur du Venezuela, incarne un paradoxe diplomatique. Alors que Washington offre 25 millions de dollars pour sa capture, l'administration Trump a collaboré avec lui après le double séisme dévastateur du 24 juin 2025 au Venezuela, qui a fait plus de 5 000 morts.

Un parcours au cœur de la répression

Ancien officier de l'armée, Diosdado Cabello, 63 ans, a gravi tous les échelons du pouvoir à Caracas. Nationaliste convaincu, il a joué un rôle clé dès les débuts du chavisme. En janvier 2025, après la capture du président Nicolás Maduro par l'armée américaine, il avait fermement dénoncé cette action, qualifiant Maduro de « prisonnier de guerre » et affirmant que « le Venezuela ne capitule pas ».

L'opposition le décrit comme la figure la plus responsable de deux décennies de répression, d'emprisonnement et de torture. Surnommé « El Pulpo » (le Poulpe) par les dissidents, il contrôle la police, les services de renseignement et les colectivos, des milices paramilitaires armées. Il est à la tête de l'appareil répressif qui a conduit à l'emprisonnement ou à l'exil de nombreux opposants, dont la prix Nobel de la paix Maria Corina Machado.

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Les accusations américaines de narcotrafic

Côté pile, les États-Unis accusent Diosdado Cabello de « narcoterrorisme » et de trafic de cocaïne. Selon l'acte d'accusation de l'agence fédérale américaine, rapporté par Le Figaro, il aurait rencontré secrètement, à la frontière, des membres de l'ELN (guérilla marxiste-léniniste colombienne) pour inspecter des pistes d'atterrissage clandestines destinées aux passeurs de drogue. En 2019, l'actuel secrétaire d'État américain Marco Rubio estimait que Cabello était un « narcotrafiquant » qui finirait « par se retrouver en prison ».

Le ministre fait l'objet de sanctions américaines, tout comme plusieurs membres de sa famille et ses amis. Washington a émis un avis de recherche et offre une récompense de 25 millions de dollars pour toute information menant à son arrestation.

Un rapprochement inattendu avec l'administration Trump

Côté face, cet homme fort du régime semble en grâce auprès de l'administration Trump. Comme le rapporte le Financial Times, au cours des trois semaines suivant le double séisme du 24 juin 2025, Cabello a tenu des réunions ou des séances photos avec des responsables américains ayant aidé à coordonner la réponse à la catastrophe. Il était notamment aux côtés de la présidente par intérim Delcy Rodríguez, qui a rencontré des responsables américains pour discuter des dégâts. John Barrett, chargé d'affaires américain à Caracas, a été photographié visitant les sites endommagés avec Cabello, la main posée sur son bras. Cabello a également rencontré le général Francis Donovan, chef du Commandement Sud des États-Unis, la force qui a mené le raid de janvier.

Ce curieux rapprochement est emblématique de la relation complexe entre Washington et Caracas depuis janvier. Les Américains sont partagés entre leur rhétorique anti-castriste et leur volonté pragmatique de travailler avec des personnes qu'ils ont autrefois dénoncées et cherché à poursuivre. Cette ambiguïté met en lumière les divisions au sein de l'administration : une faction privilégie la stabilité du Venezuela et l'augmentation de la production pétrolière, tandis que d'autres insistent sur la préparation d'une transition démocratique.

Une doctrine américaine inchangée ?

Malgré ces collaborations, les États-Unis n'entendent pas changer de doctrine. Interrogé en mai dernier sur la validité de la récompense offerte pour l'arrestation de Cabello, Marco Rubio a répondu que « la politique américaine sur cette question n'a pas changé ». Reste à savoir jusqu'à quand cette position tiendra face aux réalités géopolitiques.

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